jeudi 19 juillet 2007

L’irrésistible fragilité du Pouvoir.

La France connaissait une situation prérévolutionnaire avant les élections présidentielles (Abstentionnisme record, résultats de 2002, référendum manqué, émeutes de Novembre 2005, déliquescence du pouvoir chiraquien). Toute l’astuce de Nicolas Sarkozy a consisté à récupérer le discours des exaspérés au point qu’on a pu se demander s’il n’était pas devenu porte parole de la révolution bleue !

Parvenu au pouvoir grâce au renfort de 5 millions « d’électeurs bleus », le nouveau Président a aussitôt adopté un style bonapartiste, ce qui s’est traduit, au moins jusqu’à présent, par une forte adhésion populaire. L’ouverture s’inscrit dans ce registre: dans le cas de Napoléon, il fallait réconcilier les modérés et les conventionnels pour consolider les acquis de la révolution. De son coté, le second empire s’est efforcé de rassembler les orléanistes et les républicains afin d’unifier les classes dirigeantes face aux changements induits par l’industrialisation. Aujourd’hui, Sarkozy veut supprimer les conflits internes à l’aristocratie (UMP/PS) pour en finir avec la situation prérévolutionnaire antérieure et affronter les défis de la mondialisation (1)

Toutefois, les régimes précédents ont rassemblé sur des réformes fondamentales. L’héritage de Napoléon 1 est trop connu pour qu’on y revienne. Celui de Napoléon 3, le mal aimé de notre histoire, est loin d’être négligeable puisqu’il fut l’instigateur de la modernisation économique et sociale de la France. Ces régimes ont pris les problèmes à bras le corps et ont trouvé des réponses adaptées à leur temps. En revanche, le rassemblement de Sarkozy se construit sur des réformes limitées en faveur de ceux qui n’en avaient pas vraiment besoin. Ce vide est compensé par une médiatisation qui nous renvoie plus à la Rome décadente (des pains et des jeux) qu’au bonapartisme sobre et austère à l’image de la fameuse redingote.

Ce rassemblement factice et ces réformes en trompe l’œil vont très vite placer le pouvoir dans une situation d’extrême fragilité. Tout d’abord, le style de gouvernance bonapartiste est par essence vulnérable. Pour rompre les pesanteurs sociales, il faut s’exposer en première ligne, éliminer les corps intermédiaires, et rechercher constamment l’approbation d’une opinion versatile. Au vu de ce constat, tous les experts lucides se posent la même question: en cas de désordre majeur, sur qui pourra s’appuyer notre Président? Son gouvernement ? C’est sans doute le plus faible et le plus hétéroclite de toute la cinquième république. Son assemblée, son Parti ? Ce sont des supporters passifs conviés pour faire la claque et qui se débanderont à la première difficulté. En l’absence de fusible, le moindre revers risque donc d’emporter le régime (2).

On se rassure à bon compte en croyant que l’opposition se limite aux caciques socialistes modérés. En réalité, les forces subversives qui taraudent la cinquième république, et qui ont bien failli l’emporter en 68, sont toujours aussi actives: l’extrême gauche, la CGT, les syndicats, les journalistes, les intellectuels et surtout les gros bataillons de l’éducation nationale. A cela s’ajoute le renfort des banlieues chauffées par l’islamisme et le racisme anti blanc. Je vous laisse le soin d’imaginer la puissance que représente un tel ensemble en terme de propagande et d’agitation.

On nous objectera que Sarkozy bénéficie d’une large légitimité du suffrage universel. Hélas, cette dernière n’a jamais été un rempart face aux factieux qui ne respectent que la force. Jugez en plutôt: en 1848 l’assemblée constituante est élue au suffrage universel avec une majorité modérée. Quelques mois plus tard, suite à la dissolution des ateliers nationaux, les faubourgs tentent de la renverser par la force. Même scénario en 1871: une assemblée modérée élue au suffrage universel se heurte aussitôt à l’insurrection des communards. Dans les deux cas, la légitimité du suffrage universel n’a nullement dissuadé la racaille. Le salut républicain est venu de la garde nationale, de l’armée loyale aux institutions et surtout de chefs résolus comme Cavaignac en 48 et Tiers en 71. Aujourd’hui, dans une société ou l’opinion diabolise la légitime défense, individuelle ou sociale, le régime est à la merci des factieux. De plus, comme il est dans la nature d’un Pouvoir faible de rechercher tous les moyens de s’affaiblir davantage, on évoque à présent la suppression de l’article 16 à l’occasion de la prochaine réforme constitutionnelle ! Quelle aubaine pour tous ceux qui rêvent de détruire notre société !

Face à cette situation, la Révolution bleue ne peut pas se limiter au rôle de Cassandre. En tant que force politique, nous devons formuler des propositions concrètes. La réforme constitutionnelle, qui n’intéresse guère les français mais qui est redoutable par ses implications, doit nous donner l’occasion d’engager le débat dans le pays et de rassembler tous ceux qui ne se résignent pas à la subversion et à la destruction de l’identité française.

Gérard Pince

(1) Alors que les Français et notamment les socialistes disent pire que pendre de la mondialisation, il est comique de constater que ce sont nos compatriotes proches des idées socialistes qui dirigent les grandes instances du nouvel ordre mondial: Pascal Lamy à l’OMC, Dominique Strauss khan demain au FMI, jean Paul Costa à la Cour européenne de justice. Je m’empresse d’ajouter que leurs sympathies politiques n’altèrent en rien leur dévouement. Nous sommes notamment redevables à jean Paul Costa d’avoir fait pencher la balance en faveur de l’interdiction du voile à l’école, à un moment ou les orléanistes emmenés par Madelin s’opposaient à cette réglementation dans le vain espoir de satisfaire « l’islam des lumières »
(2) En 1968, le Pouvoir a pu s’appuyer sur des structures qui existaient à la droite de l’UDR. Ce sont les Comités de défense de la république, et non les parlementaires apeurés, qui ont sauvé le régime en organisant la contre offensive.