vendredi 24 août 2007

Démantèlement de l’éducation nationale : propositions concrètes.

On ne reviendra pas sur le naufrage de l’éducation nationale. Le présent article s’attache à explorer des pistes permettant d’envisager son démantèlement complet à terme.

En premier lieu, il faut moderniser l’éducation. En effet, lorsqu’on considère l’ensemble des activités humaines, on s’aperçoit que l’éducation est la seule à ne pas avoir bénéficié des fantastiques progrès techniques enregistrés depuis le 18eme siècle. On enseigne et on apprend aujourd’hui comme au temps de Socrate: les élèves doivent se réunir dans un lieu et à un moment précis pour écouter une personne qui parle! Nous avons donc besoin en France comme ailleurs d’une révolution en matière d’éducation avec un recours à toutes les techniques offerte par les sciences de la communication (Internet, Visio conférence etc.) et par les sciences cognitives (Comment transmettre le savoir, comment l’assimiler plus vite grâce aux méthodes d’hyper learning, comment mémoriser, comment savoir faire et comment se comporter). En outre, comme tous les systèmes archaïques et préindustriels, notre éducation supporte des coûts prohibitifs (Bâtiments coûteux, corps pléthorique d’éducateurs etc.)(1)

Cette modernisation exige l’intervention d’entreprises capitalistes centrées sur l’enseignement et de même nature que celles qui se consacrent aux relations humaines ou à la réalisation de logiciels. L’offre éducative en France ne comporte pas encore ce type d’entreprises. Elle comprend en effet un secteur néo marxiste (le soit disant secteur public) et un secteur confessionnel sous contrat (le soit disant secteur privé) (2). Ces deux secteurs, héritage de la guerre scolaire, sont financés par l’état, et ne bénéficient pas de liberté réelle en matière pédagogique. Il existe aussi quelques écoles « indépendantes » ne recevant aucune aide de l'Etat mais leur contenu éducatif reste contrôlé par les corps d'inspection de l'Éducation nationale !

Ces trois secteurs (public, sous contrat et indépendants) correspondent objectivement à un mode de production du savoir de type artisanal, alors que nous avons besoin d’un type de production très capitaliste avec des entreprises de la taille de Google, de Nissan ou de Mac donald. Il convient donc en premier lieu de supprimer toutes les restrictions administratives (3) et surtout pédagogiques afin de permettre à de telles entreprises d’entrer sur le marché, de révolutionner l’offre éducative et d’innover en inventant de nouveaux produits ou de nouvelles méthodes.

Cela étant, indépendamment de ces restrictions, ces entreprises ne pourront pas entrer sur le marché tant que la demande solvable des clients restera accaparée par les secteurs subventionnés (public ou sous contrat)

Pour créer ce marché, il faut s’appuyer sur le chèque éducation. Rappelons son principe de base: le budget de l’éducation nationale est divisé en autant de parts qu’il y’a d’enfants scolarisables. Chaque famille reçoit pour chaque enfant un chèque correspondant à une part et le remet à l’établissement de son choix. Par exemple, sachant que le budget de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur s’élève à 80 milliards d’euros et qu’on compte 15.000.000 de scolarisables (de la maternelle jusqu’au doctorat), la part s’élève à 5300 Euros. Une famille de deux enfants recevrait donc 10.600 euros par an pour financer leur éducation. (4).

Certains proposent d’appliquer ce système d’une manière universelle aux trois secteurs (public, sous contrat et indépendants). On susciterait ainsi une concurrence salutaire entre les différentes composantes mais on ne règlerait pas le problème de fond qui ne se réduit pas au libre choix des parents mais au contenu réel de l’offre éducative. Par ailleurs, tous les chèques iraient vers les meilleurs établissements avec des risques de queues et de file d’attente. Enfin, supposez qu’on dise soudain aux parents « Tenez, voila votre argent et débrouillez vous pour trouver des places pour vos enfants ». Vous pouvez imaginer l’angoisse qui saisirait alors beaucoup de mères de familles dans un domaine qui touche au coeur de la vie quotidienne des français.

A notre avis, on doit donc réserver le chèque éducation aux seules familles plaçant leurs enfants dans les entreprises réellement privées. Une demande solvable apparaîtra ainsi et représentera un marché porteur pour une offre éducative moderne, seule susceptible d’apporter des réponses innovantes aux problèmes actuels. J’ajoute que cette réforme ne provoquera aucun traumatisme majeur pour les parents puisqu’elle se réalisera d’une manière progressive, pragmatique et prudente : pour des raisons évidentes, les entreprises privées ne se créeront pas toutes du jour au lendemain. De son coté, la demande (c'est-à-dire les parents retirant un chèque éducation) se développera aussi d’une manière progressive.

La mise en place de cette réforme entraînera le dépérissement de l’éducation nationale. Au fur et à mesure que le marché privé s’accroîtra, le secteur subventionné tant public que sous contrat sera réduit avec le non remplacement des départs à la retraite et la fermeture de classes ou d’établissements. On s’abstiendra aussi d’engager des réformes dans ce secteur sachant que cela se traduit toujours par des coûts supplémentaires pour une efficacité nulle, le système étant fondamentalement irréformable.

A l’horizon de 20 ans, le budget de l’éducation nationale sera entièrement consacré aux chèques éducation et comme il est absurde de prélever de l’argent pour le reverser ensuite, cette situation se traduira à terme par la suppression de la dépense publique d’éducation et la réduction des impôts correspondants. On aboutira ainsi à une privatisation intégrale du système

Au bout du compte, on en aura enfin terminé avec notre fabrique à crétins et la jeunesse française entrera enfin de pleins pieds dans le vingt et unième siècle. Ce ne sera pas trop tôt !

Gerard Pince

(1) Pour ceux qui s’intéressent à ce sujet, se reporter à www.freeworldacademy.com/globalleader/globalglobal.htm
(2) Je caricature: Il existe des enseignants non marxistes dans le public et les écoles sous contrat ne sont pas toutes confessionnelles !
(3) Il convient notamment de remplacer le contrôle de l’éducation nationale par un système de « benchmarking » organisé par le secteur privé. Toute activité implique en effet des contrôles: On vérifie qu’un fabriquant de yaourt vend bien un produit correspondant à du yaourt. De même, une firme qui produit de l’éducation doit vendre un produit conforme à un savoir. Il faut donc des contrôles pour éviter qu’on enseigne le culte de l’oignon, l’adoration du prophète et toutes les autres superstitions que je vous laisse le soin d’imaginer.
(4) Le montant de la part doit évidemment se calculer en fonction du niveau d’éducation (primaire, secondaire, universitaire). A noter qu’une part de 5.300 euros donne un budget de
106.000 euros pour une classe de 20 élèves. Compte tenu des économies réalisées grâce aux technologies nouvelles, ce budget n’est pas négligeable. Le système s’applique déjà partiellement dans un certain nombre de pays Chili, Suède, Royaume-Uni, Pays-Bas, Hong Kong, États-Unis.