lundi 13 août 2007

Le déficit du Commerce extérieur freine la croissance

La France vient d’enregistrer un déficit record de son commerce extérieur sur les 6 premiers mois de 2007 (1). Le tableau suivant retrace la détérioration du solde de nos échanges de biens et services depuis 2002 (en milliards d’euros; prévisions pour 2007, soldes négatifs en rouge)

2002 2003 2004 2005 2006 2007
26,4 14,6 7,9 12,3 21,8 (2) 35

Cette évolution calamiteuse contredit les prévisions gouvernementales fondées sur une hausse de la croissance puisque le déficit du commerce extérieur réduit le taux de croissance du PIB. Par exemple, en 2005 le PIB de la France s’est accru de 1,2%. Comment s’analysait cette augmentation ? : 1,4% provenait de la consommation, 0,6% de l’investissement et -0,8% du solde négatif du commerce extérieur. Sans ce solde négatif, le taux de croissance se serait donc élevé à 2% au lieu de 1,2%.(3)

M. Novelli, Secrétaire du commerce extérieur, propose d’encourager les exportations en relançant l’innovation. Comme chacun sait, l’innovation se décrète depuis les cabinets ministériels! Il souhaite aussi que les entreprises grandissent afin d’exporter davantage. Un tel projet ne peut se réaliser que dans le long terme alors que la situation requiert des mesures d’urgence. De plus, ce genre de raisonnement fondé sur une comparaison entre la France et l’Allemagne ne mène jamais bien loin : Autant demander aux Français d’adopter les habitudes alimentaires des Anglais!

J’avais entendu naguère M. Novelli, tenir des propos plus audacieux: « Attendez que les libéraux soient au pouvoir et vous allez voir!»(4). C’est tout vu ! Les freins à nos exportations sont pourtant bien connus. Les 35 heures et les charges alourdissent les coûts de production des entreprises tandis que les difficultés de recrutement découlant du code du travail ne leur permettent pas d’être réactives sur les marchés extérieurs. En conséquence, elles perdent des parts de marché.

Cela étant, le creusement du déficit vient surtout des importations qui progressent beaucoup plus vite que les exportations à un taux dépassant celui des autres pays de la zone euro. En l’absence de droits de douane et de manipulation du taux de change, le seul moyen de les réduire consiste à comprimer la consommation en diminuant les dépenses de l’état et surtout la masse des allocations qui alimente les circuits d’importation (5).

Toute notre politique économique repose sur l’idée contraire. En effet, nos énarques prisonniers de schémas keynésiens simplistes, pensent que la consommation reste le meilleur moteur de la croissance. En réalité, dans une économie ouverte sur l’extérieur, toute augmentation de la consommation entraîne aussi celle des importations et lorsqu’un déficit extérieur apparaît le taux de croissance s’en trouve réduit. Pour avoir une croissance forte, il faut donc en finir avec le consumérisme et inciter les Français à investir. Par exemple, les résultats de la Chine s’expliquent par une consommation réduite, un très fort taux d’investissement et un solde extérieur important.

Dédions ces quelques réflexions à Monsieur Attali, Président de la Commission sur les freins à la croissance. Je doute qu’il en tienne compte sachant qu’elles vont à l’encontre de tout ce qu’il enseigne depuis tant d’années au détriment d’une saine gestion de l’économie française.

Gérard Pince

(1) Dans le même temps, l’Allemagne a bénéficié de soldes excédentaires records ce qui élimine les excuses liées à l’euro ou à la facture énergétique.
(2) Source : Banque de France.
(3) Pour ceux qui voudraient s’initier aux équations macroéconomiques, se reporter à
www.freeworldacademy.com/newbizzadviser/fw5.htm et à www.freeworldacademy.com/globalleader/ecodev.htm
(4) Dans un article publié par le Monde du 15 aout, M. Novelli explique que ce déficit n'est plus aussi grave qu'autrefois en raison de l'euro qui élimine la contrainte extérieure et son cortège de dévaluations. Notre chef de file des libéraux semble ainsi ignorer que ce déficit diminue mécaniquement la hausse du PIB qui est pourtant un sujet d'actualité!
(5) J’ai établi que les populations originaires du tiers monde consommaient plus qu’elles ne produisaient (se reporter à
www.freeworldacademy.com/globalleader/IMMG.htm
Par ailleurs, leurs modes de consommation alimentent les circuits d’importation (voiles, burqa, vins d’Afrique du nord, viande hallal, épicerie asiatique etc.) sans parler des envois d’argent au pays qui pèsent sur la balance extérieure des revenus.