mercredi 15 août 2007

Turbulences financières : acte 2

Les causes et les effets possibles de la crise actuelle ont été analysés par l’article du 5 août. Quels sont les éléments nouveaux intervenus depuis lors ?

En premier lieu, les Banques Centrales ont injecté en quelques jours, des sommes colossales afin de rétablir la liquidité du marché interbancaire. Il est beaucoup trop tôt pour évaluer l’incidence d’une telle injection (relance de l’inflation ou compensation d’une dépression). La BCE ayant été la plus active, on observe dès à présent un léger tassement de l’euro par rapport au dollar. (1)

En dépit de cette intervention, les résultats restent contrastés. Chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles et la confiance ne parvient pas à se rétablir. Par ailleurs, les Banques Centrales ne pourront pas continuer indéfiniment à injecter des liquidités sans prendre le risque de créer de nouveaux déséquilibres.

En second lieu, le prix du pétrole a baissé de 10% en une semaine. Dans le sillage du pétrole, tous les métaux, à l’exception de l’or, sont aussi en recul. J’attire votre attention sur ce fait qui n’a pas été souligné par les commentateurs et qui donne pourtant un double signal: d’une part, les traders diminuent leurs achats de pétrole dans la perspective d’un ralentissement de la croissance mondiale. La crise financière serait donc bien en train de contaminer l’économie réelle. D’autre part, cette baisse risque de mettre en difficulté les hedge funds qui représentent un risque d’insolvabilité plus important que les crédits immobiliers. (2)

L’échéance de fin août risque de s’avérer décisive avec le dénouement de nombreux contrats à terme. Soit les marchés se stabiliseront, soit ils plongeront pour de bon.

Gérard Pince

(1) 300 milliards d’euros dont 200 en net ont été injectés (Environ 150 par la seule BCE). Cette expérience démontre « in vivo » que les marchés ne s’autorégulent pas toujours, contrairement à ce que prétendent les théoriciens libéraux.
(2) L’activité des hedge funds consiste à « parier » sur l’évolution future de différents indices économiques : taux de changes, taux d’intérêts, indices synthétiques des bourses, cours des matières premières. On peut dire en simplifiant que cette activité se traduit soit par un effet de levier (gagner beaucoup en misant peu) soit par un effet de massue (se ruiner en cas de pari perdu). Malheureusement, les banques ont financé cette spéculation: encours estimé à 1600 milliards de dollars !

(3) je publie ici ma réponse à une question posée hors blog: Les interventions des banques centrales prennent toujours la forme de prêts aux banques primaires, gagés par les créances de ces dernières. L'échéance varie en fonction de celle de la créance sous jacente: trois mois pour une traite commerciale ( réescompte classique) , plusieurs années calées sur l'amortissements pour les prêts à moyen ou long terme consentis par les banques primaires à leurs clients. Dans le cas qui nous intéresse, les prêts des banques centrales ont été consentis pour des échéances très courtes ( 2 ou 3 jours) mais renouvelables. Par exemple la banque centrale me prête 200 à deux jours; à échéance je lui rembourse les 200 mais j'emprunte à nouveau 180 et ainsi de suite. C'est pourquoi j'ai parlé du net injecté par opposition aux flux bruts. En principe les créances en garantie sont toujours de premier ordre car sinon, la banque centrale émettrait de la monnaie de mauvaise qualité. Toute cette liquidité ne devrait pas , à mon avis, refluer rapidement bien que M3 ait cru plus vite que le PIB au cours des derniers mois dans la zone euro, ce qui devrait logiquement plaider en faveur d'un prochain relèvement des taux de la BCE. S'agissant de l'échéance d'août, je vise surtout le dénouement des "futures" sur les matières premières qui pourrait prendre à revers les opérateurs (hedge funds)
Un mot enfin pour expliquer l'origine de la monnaie de la banque centrale. Il faut savoir qu'on imprime en permanence des billets qui sont remis périodiquement à la banque centrale. Par convention, ces billets entreposés dans les réserves sont considérés comme de simples vignettes tant qu'ils n'entrent pas dans le circuit de l'émission. Les vignettes deviennent des billets de banque à l'occasion des deux opérations suivantes:
1-Chaque jour, les banques retournent à la banque centrale des billets usagés qui sont détruits et remplacés par des billets neufs ( les vignettes!). Il ne s'agit pas ici d'une création monétaire puisque le nombre de billets détruits est égal au nombre de billets neufs émis. C'est pourquoi vous avez toujours des billets neufs dans les distributeurs (C'est aussi pourquoi il est vain de rayer la Turquie sur les billets de cinq euros puisque ceux ci, étant détériorés, sont aussitôt remplacés par des neufs)
2-les banque peuvent aussi solliciter des prêts de la banque centrale en échange d'actifs. Il s'agit alors d'une création monétaire puisque la monnaie prêtée s'ajoute à la masse monétaire existante. En principe, cette création monétaire correspond à un accroissement de l'activité économique et se justifie donc parfaitement. En revanche, dans le cas qui nous intéresse, la diminution de l'activité ( pertes) ne devrait pas justifier une création monétaire qui pourrait contrarier l'assainissement souhaitable. Toutefois, les risques de contagion étant avérés, nécessité fait loi dans ce domaine comme dans les autres.