dimanche 19 août 2007

Turbulences financières : le temps des polémiques

Les solutions apportées à une crise financière ne sont jamais politiquement neutres. Par delà leur aspect technique, elles avantagent ou pénalisent certaines catégories sociales. Il faut donc analyser la crise sous cet angle pour savoir comment défendre vos intérêts.

Je passe brièvement sur les arguties idéologiques. Pour les socialistes, la crise révèlerait les vices de la mondialisation libérale. En fait, le capitalisme passe par des cycles d’expansion ou de dépression avec au bout du compte un solde positif tandis que l’économie socialiste n’enregistre qu’un seul cycle conduisant à un appauvrissement inexorable. De leur coté, des libéraux dogmatiques prétendent que la crise aurait pour origine des réglementations étatiques en Californie. Tous les experts lucides savaient pourtant bien que la mondialisation recélait des boites noires susceptibles de jouer des tours pendables à l’ensemble du système (se reporter à l’article du 28 Juillet)

La première polémique porte sur l’intervention des banques centrales. Leur action massive, en rassurant les marchés et en empêchant un krach, a permis aux gros investisseurs de vendre à temps en limitant leurs pertes (1). En revanche, les petits actionnaires, à leur retour de vacances, risquent d’assister à un grand plongeon des actions. On leur dira que les bourses vont remonter, en se gardant de rappeler que ce n’est qu’en 1950, que les actions en dollars constants ont retrouvé leur niveau de 1929. On leur dira aussi que la bourse reste le meilleur investissement, en oubliant de préciser qu’à long terme nous serons tous morts, comme le disait fort justement Keynes.

La seconde polémique concerne le taux de la BCE. La masse monétaire (M3) ayant déjà cru à un rythme supérieur à celui du PIB dans la zone euro au cours des mois précédents la crise, les injections massives de la BCE (200 milliards d’euros soit 2,5% du PIB de la zone euro) ont donc renforcé cette tendance. Nous avions déjà signalé une inflation par les coûts (se reporter à l’article du 3 août). L’excès de liquidité injecté pourrait se traduire par une inflation par la demande. Afin de faire refluer ces pressions inflationnistes, la BCE devrait donc augmenter son taux directeur. De leur coté, nos élites réclament sa baisse afin de refinancer la dette publique à moindre coût. Si la BCE cédait à ces pressions, elle irait à contre courant de sa politique et susciterait la défiance des cambistes internationaux. Il en résulterait une relance de l’inflation, une chute rapide de l’euro et un risque d’implosion à plus ou moins long terme.

Vous mesurez l’enjeu politique de cette affaire: ou bien poursuivre la fuite en avant, laisser libre cours à la spéculation, se satisfaire du spectacle de voyous paradant sur des yachts ou s’aspergeant de champagne sur les plages de St Trop; ou bien défendre notre pouvoir d’achat, nos épargnes et nos retraites, en assainissant les finances publiques et les politiques de facilité qui sont à la source de cette crise.

J’espère, sans trop y croire, que les marchés vont se stabiliser. On saura très vite si la crise est derrière nous ou bien si elle risque de croître et d’embellir! Pour le moment, méfiez vous de tous les conseils et notamment de ceux des banques. Dites vous bien que si leurs employés étaient aussi infaillibles qu’ils le prétendent, ils auraient déjà fait fortune et ne seraient pas derrière un guichet (3).

Gérard Pince

(1) Je ne m’attendais pas à ce que la BCE intervienne aussi vite et aussi fort d’autant plus que nous n’avons pas connu jusqu’à présent un véritable krach (10 à 20% de chute des indices en une seule séance) Il faut donc croire que la crise de liquidité des banques était beaucoup plus importante qu’on ne pouvait le soupçonner de l’extérieur.
(2) À l’inverse, la masse monétaire américaine est restée en cohérence avec le PIB US ce qui a permis à la FED d’abaisser son taux. On connaît les causes de cette distorsion entre les deux zones: le poids des systèmes sociaux européens nourrit une demande sans contrepartie productive qui pousse la masse monétaire à la hausse.
(3) Le même avis s’applique à la presse financière. Vous pensez bien que si les journalistes avaient de vrais « tuyaux », ils ne gagneraient pas leur vie en gribouillant du papier.