dimanche 5 août 2007

Turbulences financières.

Les français affectés par la baisse de leur pouvoir d’achat (voir l’article précédent) sont à présent confrontés à une autre mauvaise surprise: la fonte de leurs économies placées en bourse. En réalité, la baisse du CAC 40 n’est pourtant qu’un évènement mineur comparé aux risques que représenterait une crise financière mondiale. A bien des égards, les évènements actuels rappellent en effet les prémisses de la grande dépression. Par exemple, le système bancaire allemand vient de vivre une semaine très éprouvante. Selon le directeur de l’agence de surveillance des marchés financiers « la plus grande crise financière depuis 1931 » n’a été évitée, qu’in extremis, grâce au renflouement d’une banque menacée de faillite. De telles déclarations sont loin d’être rassurantes (1).

Tout d’abord, essayons d’expliquer les faits de la manière la plus simple possible. Certaines banques américaines ont attribué des crédits immobiliers excessifs à leurs emprunteurs en contrevenant aux règles élémentaires de l’orthodoxie financière (2). En outre, elles ont prêté à des ménages insolvables et à des mauvais payeurs (les « subprimes »). Tous ces crédits ont proliféré au point de représenter en 2006 la somme colossale de 600 milliards $ (1/3 du PIB français). Tant que le marché immobilier américain est resté orienté à la hausse, les ménages insolvables ont eu la possibilité de revendre leurs maisons pour rembourser leurs emprunts. A présent, avec l’éclatement de la bulle immobilière, la valeur des maisons ne couvre plus les prêts consentis et les banques n’étant pas remboursées se trouvent acculé à la faillite.
Cette histoire digne des « raisins de la colère » déborde le cas américain. En effet, dans le cadre de la globalisation, toutes les banques s’empruntent mutuellement au jour le jour pour résorber leurs pics de trésorerie. Lorsque des banques spécialisées dans l’immobilier aux USA ne peuvent plus rembourser les banques allemandes, ces dernières, à leur tour, n’honorent plus leurs échéances à l’égard de banques japonaises ou françaises. On assiste ainsi à un phénomène de contagion mondiale.

Si la crise financière s’étendait, elle se propagerait à l’économie réelle. Etant de proche en proche affectées par des difficultés de trésorerie, les banques devraient réduire tous leurs crédits. Mieux encore, comme elles ne gardent en liquide que 8% des dépôts qui leur sont confiés (3) elles ne pourraient plus faire face aux retraits d’argent des particuliers. De leur coté, à défaut de nouveaux crédits, les entreprises n’investiraient plus. On entrerait ainsi dans une spirale déflationniste comparable à la grande dépression des années 30.

Toutefois, nous n’en sommes pas encore là. Compte tenu de la forte croissance mondiale et surtout de la hausse de matières premières, les liquidités placées dans les banques restent abondantes et devraient leur permettre de résister au choc. En dernier recours, le Trésor américain, le FMI et les Banques Centrales pourraient injecter des liquidités dans le système quitte à relancer l’inflation puisque la monnaie ainsi fabriquée servirait en fait à éponger des pertes. J’essaye ainsi de vous rassurer mais je suis néanmoins inquiet : l’importance des sommes en jeu est sans commune mesure avec les chocs précédents et si la crise se propageait aux autres produits dérivés (1600 milliards de $ spéculatifs), elle pourrait alors devenir incontrôlable.

S’agissant de vos propres économies, il n’existe pas de solutions évidentes. Il ne sert à rien de changer de banque ou de monnaie puisque toutes les places, de l’Australie à l’Europe, sont touchées. Faut il investir dans la pierre? Les prix restent pour le moment prohibitifs et la généralisation de la crise entraînerait un éclatement de la bulle immobilière, notamment dans le secteur des résidences secondaires. En vérité, face à un phénomène d’ampleur mondiale, il faut surtout rester, au moins pour le moment, le plus « liquide » possible et s’écarter de tous les produits risqués et notamment des placements « dynamiques » recommandés par les banques qui en tirent de juteuses commissions !

Sachant que le pire n’est jamais certain, passez de bonnes vacances quand même !

Gérard Pince

(1) La grande presse s’efforce de ne pas affoler le public. Pour détourner l’attention, on préfère inventer de fausses polémiques (ventes d’armes) ou raconter des balivernes insipides (le « bonheur » de telle ou telle présentatrice ; les vacances de Sarkozy etc.).

(2) Il s’agit de la technique consistant à « recharger le crédit hypothécaire ». En substance, on a financé des dépenses de consommation au moyen de prêts à long terme ! Une entreprise qui procéderait ainsi aurait très vite un fonds de roulement négatif. Il s’est pourtant trouvé un économiste français, conseiller du gouvernement et habitué des plateaux de télévision, pour approuver ce système et recommander son application en France!

(3) Ratio « Cook »