jeudi 13 décembre 2007

Sauvagerie et civilisation: le cas français.

Une mère demande à un militaire « Ou sont passés mes enfants ? ». Réponse : « Tu les as mangés dans le ragoût d’hier soir ! » Ce dialogue est extrait d’un reportage au Congo en 2007. Il aurait pu se tenir, sous une forme différente, en Ukraine livrée à la sauvagerie des nazis ou en Chine pendant la révolution culturelle.

N’en déplaise à Rousseau, l’homme est un prédateur et la civilisation ressemble à une fine pellicule prompte à se déchirer. Dans les régions africaines, éclairées trop brièvement par la lumière, la sauvagerie revient au galop. Dans un pays de vieille civilisation comme la France, l’afflux de populations en provenance des ténèbres provoque des craquelures de plus en plus béantes. Lent ou rapide, le retour à la sauvagerie est toujours précédé par un effritement du substrat logique qui forme l’élément principal de la couche civilisatrice.

Cet effritement se traduit déjà dans notre pays par une grande confusion mentale. Le déclin de la culture, le niveau des élèves en lecture, l’incompétence des managers et enfin la volonté des français de travailler toujours moins tout en consommant toujours plus sont autant d’indicateurs de ce naufrage qui atteint toutes les couches sociales et rend illusoire la perspective d’un redressement spontané. Tous les principes de la logique élémentaire héritée d’Aristote sont bafoués. On s’indigne de la crise du logement mais on refuse d’en voir la cause dans l’arrivée de 350.000 immigrants par an! On ne veut pas regarder la réalité en face en prétendant que des populations majoritairement hostiles se réduisent à d’infimes minorités. Pire encore, on en vient à reprocher à une malheureuse jeune fille d’avoir résister à son agresseur! Ségolène Royal incarne parfaitement cette imbécillité ambiante. N’oublions pas qu’elle a néanmoins rassemblé 47% du corps électoral sur ses élucubrations.

En règle générale, le pire survient lorsque la bêtise amorphe se transforme en fureur. A cet égard, les commentaires postés sur les blogs importants qui drainent chaque jour des milliers de visiteurs, expriment une inquiétante radicalisation. Certes, on était habitué aux débordements des gauchistes qui rêvent du grand soir sans même parler des demeurés qui s’en prennent aux francs maçons ou aux Américains. En revanche, la vindicte de la classe moyenne qui découvre sa paupérisation, représente un élément nouveau. Elle exige plus d’Etat afin de compenser l’inexorable baisse de son pouvoir d’achat. Comme l’Etat n’a plus rien à distribuer, elle rejoint objectivement les thèses de l’extrême gauche. En bref, la radicalisation ne concerne pas seulement les minorités visibles ou extrémistes. Elle affecte aussi un nombre croissant de français moyens.

Alors que les médias reflètent une vie politique policée (ouverture et valises obligent), le peuple réel gronde. Cette situation ne surprendra pas ceux qui connaissent nos analyses. Nous avons toujours dit que seule une révolution serait de nature à redresser le pays. Nous avons aussi dit que la moindre réforme entraînerait l’effondrement de tout l’édifice vermoulu, à l’image de l’Union soviétique qui s’est écroulée sur la tête de Gorbatchev lorsqu’il a instauré la glasnost! Nous sommes proches de ce point critique et il ne sert à rien de patienter puisque l’absence de diagnostic pertinent éloigne toute perspective de redressement et condamne le pouvoir à un bricolage permanent.

Pour donner le change, Nicolas Sarkozy pratique une politique d’ouverture, qui rassemble tous ceux qui ont ruiné ce pays depuis trente ans, dans le vain espoir d’opposer un front uni à la colère populaire. Par ailleurs, il se met en scène dans une série télévisée digne de Dallas et prend plaisir à se contempler. C’est un peu comme si Louis Capet avait donné un bal masqué à Versailles pour calmer le peuple qui lui réclamait du pain. Certes, ce spectacle narcissique réjouit les retraités et les octogénaires mais il ne retardera pas le moment de vérité d’autant plus que le temps joue contre le pouvoir avec les conséquences de la crise des subprimes.

En revanche, ce séisme ne bénéficiera pas, au moins dans un premier temps, à ceux qui appellent à de vraies réformes et à une refondation de notre République. Nos compatriotes sont trop désinformés, trop mentalement déséquilibrés pour pouvoir comprendre les tenants et les aboutissements des politiques indispensables. Leur colère désordonnée profitera donc d’abord aux minorités agissantes issues de la mouvance communiste et de l’immigration.

La suite est facile à décrire: je vois une énorme roue rouge se profiler à l’horizon. Les imbéciles la regarderont avec sympathie en croyant y trouver la solution à leurs problèmes de pouvoir d’achat et de paix civile. La roue dévalera ensuite en écrasant tout sur son passage. Des bandes armées comme celles de Villers le Bel, se répandront dans les campagnes en y provoquant une nouvelle grande peur. La France sera confrontée à la sauvagerie rouge et verte.

A ce stade, on peut présumer que les français ainsi soumis à un rude électrochoc sortiront de leur hébétude et suivront les instructions des défenseurs de la République. Un Gouvernement de Salut public sera mis en place avec ou sans Sarkozy. Il faudra reconquérir la France, villages par villages, préfectures par préfectures et le prix à payer sera considérable. En fin de course, ce sursaut républicain rétablira une vie civilisée dans notre pays.

Ce mouvement pendulaire entre la sauvagerie et la civilisation est inhérent à toutes les sociétés puisqu’il plonge ses racines dans le cœur humain: c’est la lutte permanente de la raison contre les instincts illustrée par Platon. Avec la globalisation, les battements du pendule s’accélèrent. Ce qui se passe au Congo pourrait bien advenir demain en France et le glas sonne pour tous. Seule l’alliance des Républicains de conviction et d’autorité, si elle était réalisée dès maintenant, pourrait encore nous épargner le scénario douloureux qui vient d’être décrit.

Je lance cette idée comme une bouteille à la mer. Un ordinateur ne lui donnerait aucune chance. Mais je ne désespère jamais du Bien.

Gérard Pince