vendredi 25 janvier 2008

La commission Attali: un rapport insuffisant et dangereux.

Le rapport de la Commission Attali ne dresse pas un diagnostic pertinent de la situation économique du pays (1). Il propose un catalogue de propositions mais leur nombre ne parvient pas à camoufler l’absence de mesures fondamentales. C’est comme si un médecin, prescrivait à un malade atteint de septicémie tous les médicaments disponibles à l’exception des antibiotiques!

A l’évidence, un certain nombre de propositions coïncident avec celles de la Révolution bleue (2). Relevons notamment la refonte du système éducatif avec la mise en place de « droits à l’école » correspondant au chèque éducation, l’apprentissage de l’anglais et de l’Internet dès l’école primaire, la multiplication des stages en entreprise et à l’étranger, le rôle accru du secteur privé dans le domaine universitaire. De même, la simplification du code du travail, l’abolition du monopole syndical, l’encouragement des PME et des nouvelles technologies vont dans le bon sens. Enfin, la déréglementation des services et du commerce, déjà recommandée par le comité Rueff Armand de 1958, correspond aussi à nos propres préconisations (3).

En revanche, que de lacunes ! Rien sur l’abolition du monopole de la Sécurité sociale et bien peu de choses sur la dépense publique et la fiscalité. La Commission veut conditionner les allocations familiales et les franchises médicales au revenu des ménages. Elle propose aussi de transférer 3% de charges sociales à la TVA et à la CSG. Le salarié déjà pénalisé par les prélèvements sur son salaire réel (le coût de son travail) le sera donc une seconde fois en payant un surcroît de TVA sur sa consommation courante. Enfin, s’agissant des finances publiques, elle entend réduire de 5% sur 5 ans le pourcentage de dépenses publiques par rapport au PIB, ce qui le ramènerait à 49%, soit un niveau très supérieur à ceux de nos partenaires. En voulant à tout prix sauver le modèle social français, la Commission se condamne à des bricolages nuisibles aux salariés et aux classes moyennes

Enfin certaines propositions sont détestables. Revenons sur la relance de l’immigration que la Commission justifie en écrivant ce qui suit : « Ainsi l’augmentation du volume d’emploi grâce à l’immigration se traduit par un effet positif et significatif sur le niveau d’activité dans l’économie, chiffré à 0,1 point de croissance pour l’arrivée de 50.000 nouveaux migrants une année donnée » Admettons cette affirmation gratuite (4) et poursuivons le raisonnement: si 50.000 immigrants apportent 0,1 point de croissance, 500.000 apporteraient 1 point complet. Puisque l’ensemble du rapport vise à obtenir ce point supplémentaire, pourquoi 316 propositions alors qu’une seule aurait suffit ? Mieux encore, faisons venir 5.000.000 d’immigrants chaque année et nous aurons alors un supplément de 10 points nous permettant de dépasser le taux de croissance chinois ! Mais continuons nos calculs: 50.000 immigrants représentent un accroissement de population de 0,08%: cela signifie que dans cette hypothèse l’augmentation du PIB par habitant, qui est le seul indicateur du développement, se limiterait à 0,02%, autant dire à rien! Ce calcul révèle ainsi son inanité et devrait faire rougir les polytechniciens de la Commission qui l’ont avalisé.

En voulant relancer l’immigration et en refusant de toucher à notre modèle social, la Commission condamne à l’inefficience les propositions qui vont dans le bon sens. C’est donc un rapport insuffisant et dangereux dans la mesure ou il promet la guérison alors qu’il ne traite pas les causes profondes de la maladie. Cette dernière ne peut donc qu’empirer.

Gérard Pince

1-Pour se reporter à l’intégralité du rapport cliquez sur : http://www.liberationdelacroissance.fr/files/rapports/rapportCLCF.pdf
2-Pour comparer avec le rapport de la Révolution bleue cliquez sur :
http://www.freeworldacademy.com/chronique.htm
3-En revanche, rien sur l’abolition de politique agricole commune qui constitue pourtant une cause majeure de la cherté de la vie
4-Ce calcul s’inspire en fait de vagues études menées dans des comtés anglais et américains, dans un contexte sans rapport avec celui de la France. Il n’existe dans notre pays aucune étude validant ce type d’information. Se reporter sur ce sujet à notre bilan économique sur l’immigration en cliquant sur :
http://www.freeworldacademy.com/globalleader/IMMIG.htm