mardi 8 janvier 2008

Le pire des mondes possibles.

Le livre de Mike Davis, intitulé «Le pire des mondes possibles» dresse un tableau effrayant mais hélas exact du phénomène des bidonvilles dans les pays pauvres (1). Sa cause réside dans la croissance démentielle de la population mondiale qui est passée de 2,5 milliards d’habitants en 1950 à 6,5 milliards aujourd’hui et qui devrait atteindre 9 milliards en 2050. L’extension des bidonvilles semble donc inéluctable et débouche, en effet, sur un monde de plus en plus invivable.

L’auteur, qui appartient à la gauche américaine, impute à tort la responsabilité de ce désastre au libéralisme et aux institutions internationales. Ce ne sont pourtant pas le FMI et la Banque mondiale qui ont obligé les pauvres à procréer des familles de 8 à 10 enfants par couple! Au contraire, c’est bien la croissance induite par la globalisation qui devrait entraîner la résorption des bidonvilles. Malheureusement, elle bénéficie encore peu à l’Afrique et à l’Asie du Sud qui concentrent l’essentiel de l’explosion démographique. De plus, le ralentissement de la fertilité dans ces régions n’est pas attendu avant 2050. Quels que soient les progrès économiques escomptés, la prochaine génération devra donc cohabiter avec deux milliards d’habitants survivant au milieu des excréments et de la plus abjecte pauvreté.

En dépit de ses théories erronées, Mike Davis nous épargne les pleurnicheries habituelles de nos médias français. Les populations qu’il décrit vivent en effet dans un univers mental différent du notre et il serait absurde de leur attribuer nos sentiments ou nos répulsions. Somme toute, on fait davantage la fête dans les bidonvilles que dans nos quartiers bourgeois et l’extrême pauvreté, appréciée à partir de critères occidentaux, n’empêche pas une prolifération frénétique. En outre, l’auteur critique à juste titre les thèmes à la mode (le rôle des ONG, le microcrédit, le secteur informel en tant que réservoir d’entreprises etc.) propagés par des personnes qui prennent leur désirs pour des réalités. En revanche, sa charge contre l’économiste hernando de Soto qui propose d’attribuer des droits de propriétés aux habitants des bidonvilles semble dictée par une idéologie marxisante (2).

Sur un plan concret, cet environnement inéluctable conduit à s’interroger sur la sécurité de nos propres populations. Dans le tiers monde, les familles aisées s’enferment dans des lotissements protégés par de hauts murs et des vigiles privés (3). Une telle incarcération volontaire ruine en grande partie tous les avantages obtenus par la richesse, l’aisance et le progrès économique (4). Par ailleurs, ces protections , n’assurent aucune sécurité en cas d’émeutes généralisées (Le cas du Kenya est exemplaire). On ne peut donc pas se passer des services publics de l’Etat en matière de police et de maintien de l’ordre. Cette évidence qui heurte les utopies libertaires, conduit les institutions internationales à réhabiliter le rôle de l’Etat dans des pays du tiers monde ou il avait été remplacé par les ONG.

Il faut éviter l’importation de cette misère dans nos pays par le biais d’une immigration incontrôlée. Nous ne sommes pas responsables de la misère du monde et nous devons tout faire pour en protéger nos enfants. C’est le premier principe d’une politique de civilisation. Hélas, nous n’en prenons pas le chemin.

Gérard Pince

1-Ouvrage publié aux éditions de « la découverte ». On en profitera aussi pour relire le livre prophétique de Jean Raspail, « le Camp des saints »
2- J’ai constaté sur le terrain que les ONG et les coopérants français se sont constamment opposés à cette politique de petite propriété en raison de leur subconscient marxiste.
3-Phénomène observé aussi en Californie du sud. Ceux qui s’extasient sur son mode vie n’ont sans doute pas vu les lotissements (gated) de Palm springs, Palm desert, el Rancho, el Quintas etc. Aimeriez vous vivre dans ces prisons dorées?
4-J’en parle en connaissance de cause, ayant habité une « villa californienne » en bord de mer située dans un environnement de drogués, pendant 4 ans: Aimeriez vous vivre dans ce « luxe » en vous réveillant en sursaut au moindre bruit suspect avec un fusil à portée de la main?