lundi 25 février 2008

Civilisation, cultures et religions: Nicolas Sarkozy en pleine confusion.

Les discours du Président de la République à Rome, en Arabie Saoudite et devant le CRIF suscitent un malaise général. Les Français s’indignent du décalage observé entre ces appels à la spiritualité et le style de vie affiché par leur auteur. Les plus lucides soupçonnent une volonté de modifier la loi de 1905 afin de faire financer la construction de mosquées par les contribuables tandis que les idiots utiles des autres religions s’en réjouissent dans l’espoir de recueillir quelques miettes en faveur de leur chapelle. De son coté , la gauche laïque fait grand bruit alors qu’elle a violé la laïcité en donnant libre cours à un matérialisme sectaire qui a gangrené l’enseignement public et en fermant pieusement les yeux sur les incidents scolaires provoqués par les islamistes. De même, les socialistes, avec Ségolène Royal vilipendent les sectes d’origine américaines mais ne trouvent rien à dire à l’encontre du Salafisme qui représente pourtant la secte la plus dangereuse installée sur notre territoire. Enfin, le comble de l’hypocrisie est atteint lorsque ces vierges offensées placent leurs enfants dans des écoles religieuses afin de les protéger de la mixité sociale et de la faillite de l’éducation nationale.

On nous dit aussi que Nicolas Sarkozy veut fédérer les différentes cultures qui cohabitent d’une manière de plus en plus conflictuelle en s’appuyant sur un regain du sentiment religieux. On invoque ici le modèle américain mais on commet alors un grave contresens. En effet, dans l’esprit de la philosophie du 18 éme siècle qui a inspiré la constitution américaine, le mot « Dieu » désigne la Raison universelle et ne renvoie pas aux divinités des différentes religions. Ce « Dieu des philosophes » (1) qui régit les lois naturelles de l’univers et l’évolution des sociétés humaines se fonde sur la raison et la liberté de conscience qui en est la condition. Il en découle une « religion naturelle » qui postule que les sciences et les techniques permettent un progrès illimité ouvrant la route du bonheur à l’humanité. Le mot « Civilisation » désigne ce progrès que Condorcet représente sous la forme d’une échelle où viennent s’étager les différentes cultures en fonction de leur participation plus ou moins grande à la Raison universelle (2). Il en résulte une hiérarchie des cultures déterminée à partir de leurs positions respectives sur cette échelle. Pour progresser, elles doivent éliminer les croyances et coutumes qui contredisent la raison et peuvent alors cohabiter en paix, tout en préservant leur spécificité, dans la mesure ou elles tendent vers le même socle de valeurs.

Ce processus s’applique aussi aux individus. Chaque homme est déterminé à sa naissance par la culture de ses parents (langue, religion, coutumes) mais sa liberté consiste à placer la raison au gouvernail. Le sauvage suit uniquement les pulsions déterministes de sa culture ambiante. Le civilisé les juge et les tempère. L’identité d’un peuple ou d’un individu résulte toujours d’un dosage entre ce qui émane de la culture et ce qui se construit à partir de l’exercice de la raison.

Je doute que Nicolas Sarkozy reprenne à son compte cette conception de la Civilisation d’autant plus qu’elle est aujourd’hui combattue par le « politiquement correct » qui propage le matérialisme et le relativisme dans les médias et dans les moindres recoins de l’éducation. Le mot Civilisation n’est plus utilisé que dans un sens péjoratif. De plus, dès lors qu’il n’existe plus ni bien ni mal, dès lors que la vérité devient relative à chaque culture, la notion de progrès s’évanouit et avec elle l’idée d’une hiérarchie. Toutes les cultures deviennent égales y compris dans leurs aspects les plus détestables. Critiquer une société basée sur le cannibalisme relève désormais du racisme culturel! Voila où nous sommes parvenus au terme de ce voyage au bout de la déraison (3).

Ces considérations éclairent les phénomènes que nous vivons au quotidien. Sur le plan international, la diversité culturelle incline légitimement chaque peuple à revendiquer son indépendance mais cette fragmentation, faute de tendre vers des valeurs civilisatrices communes, nous fait revenir au tribalisme et aux guerres absurdes. De même, la cohabitation sur un territoire de cultures différentes en l’absence de tout élément fédérateur, conduit au communautarisme et à des guerres civiles ethniques ou religieuses.

Face à ce péril inéluctable, Nicolas Sarkozy se fourvoie en croyant trouver dans la religiosité le moyen de fédérer des cultures antagonistes. Loin d’assurer l’harmonie, ses propos ne peuvent qu’aggraver les phénomènes conflictuels que nous connaissons déjà. Notre Président devrait au contraire restaurer la notion de Civilisation, en rappelant que l’identité de la France moderne s’est construite à partir de sa culture chrétienne et de sa contribution éminente aux lumières.

Gérard Pince

1- Au sujet du « Dieu des philosophes », on se reportera à « La profession de foi du vicaire savoyard » de Rousseau. Ce sont en effet les philosophes français qui ont élaboré tous ces concepts avant de les exporter en Amérique. A noter que cette « religion naturelle » s’est appliquée en France avec le culte de l’Etre suprême instauré pendant la révolution.
2- Les adjectifs civilisé ou policé existaient déjà dans notre langue mais le mot « Civilisation » est apparu en 1756 sous la plume de Mirabeau. En ce sens, le mot n’admet pas de pluriel puisqu’il désigne un processus unique et universel. Par la suite, on a confondu à tort Civilisation et cultures en évoquant, par exemple, les « civilisations inca ou chinoise ».
3- Pour plus de détails se reporter à
www.freeworldacademy.com/globalleader/agendacont.htm