mercredi 2 avril 2008

Les vrais responsables du désastre.

Je ne suis pas un adepte des théories à base de conspirations mais lorsque toute la gouvernance mondiale réagit à l’unisson pour condamner un simple film, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’une synchronisation aussi parfaite implique nécessairement un chef d’orchestre. Autrement dit, quels sont les intérêts qui militent en faveur de l’immigration? Quelles sont les motivations d’une telle politique?

Bill Gates vient de nous apporter un élément de réponse. Devant une commission de parlementaires américains, il s’est plaint de ne pas pouvoir recruter suffisamment de salariés étrangers aux Etats-Unis en raison des restrictions à l’immigration. Cette position est à rapprocher de ce qui s’est passé en Europe lors de l’éclatement de la bulle des hautes technologies. Des milliers d’informaticiens français se sont alors retrouvés au chômage. Quelques années plus tard, à la faveur de la reprise, les entreprises, au lieu de réembaucher les compétences disponibles, ont sollicité des dérogations afin de recruter à bas prix des informaticiens en Asie. La pénurie de cadres invoquée par Bill Gates ne provient donc pas d’un manque de compétences nationales. En fait, il s’agit de remplacer les travailleurs américains par une main d’œuvre bon marché pour augmenter les profits.

En vérité, ce sont donc les multinationales qui militent pour une immigration sans contrôles, sans frontières et sans limites (1). J’ai déjà évoqué dans un article antérieur les conséquences sociales d’une telle politique. Elle entraîne la concentration des gains de la croissance au profit d’une élite mondialisée, la relégation de la classe ouvrière nationale dans les trappes de l’assistanat et enfin la paupérisation relative des classes moyennes. De plus, les entreprises laissent tous les coûts afférents à l’immigration (éducation, logement, sécurité etc.) à la charge des états et donc des contribuables.

A présent, je souhaite en souligner les conséquences économiques. Nous savons que le poids de l’immigration a entraîné dans tous les pays une baisse relative de 5 à 10 points de la part des salaires dans la valeur ajoutée. Comme il faut néanmoins soutenir la consommation, la stagnation relative des revenus du travail a été compensée par un recours massif au crédit. A un moment donné, les salariés ne peuvent plus faire face à leurs échéances et c’est ainsi que nous assistons à une crise financière généralisée.

Ce recours à l’immigration ne correspond pas à la théorie libérale fondée sur l’avantage comparatif. En effet les entreprises qui ne sont plus compétitives en utilisant leurs nationaux devraient disparaître afin de permettre aux capitaux et aux travailleurs de se repositionner sur les secteurs innovants. L’importation de main d’œuvre étrangère maintient donc en vie des entreprises qui ne bénéficient plus d’un avantage comparatif et qui font supporter tous les coûts de l’immigration par les contribuables. Tout se passe donc comme si ces entreprises importatrices de main d’oeuvre étaient subventionnées. La théorie libérale ne peut donc pas se prévaloir de l’avantage comparatif et fausser son mécanisme en déplaçant des populations d’un continent à l’autre.

On nous objectera que le ralentissement de l’immigration risque de précipiter les délocalisations. Devant la commission parlementaire précitée, le Président d’INTEL a d’ailleurs souligné que sa Compagnie pouvait se passer de tous les salariés américains! Nul n’a songé à lui demander si elle pourrait aussi se passer du marché américain. En effet, produire est une chose, vendre sur un marché solvable en est une autre. Ces multinationales qui produisent en Chine ne pourraient pas écouler leurs marchandises si elles n’avaient pas librement accès aux grands marchés de consommation américain et européen. Cela signifie que la menace d’une dose de protectionnisme suffirait à tempérer leurs velléités de délocalisations. On a en effet démantelé nos barrières tarifaires tout en conservant, en interne, les entraves de l’état providence (cas de la sécurité sociale notamment). Une politique plus sage aurait consisté, au niveau de l’Union européenne, à maintenir une préférence communautaire pour protéger les salariés nationaux du dumping de l’immigration, et pour dissuader les entreprises de se délocaliser.

Sur un plan plus général, les économistes devraient revisiter des théories qui datent du 19eme siècle. A cette époque, l’avantage comparatif reposait implicitement sur la domination technique de l’Occident. On vendait des produits industriels à des populations peu éduquées qui fournissaient des épices en échange. Ricardo ne pouvait pas prévoir que l’avantage comparatif se retournerait un jour contre l’Europe et que nous en serions réduits à échanger des produits alimentaires (champagne, cognac) contre les biens de haute technologie fabriqués par les travailleurs plus nombreux, moins coûteux et mieux formés de la Chine et de l’Inde. Certes, l’Occident pourrait alors se spécialiser dans les services financiers. Somme toute, à la « belle époque », nos rentiers vivaient du produit de leurs placements dans les chemins de fer d’Ukraine ou les tramways de Shanghai. Hélas, cette première mondialisation heureuse s’est terminée dans les tranchées de la grande guerre… Hélas, les rentiers actuels se situent au Moyen Orient et rachètent par le biais de leurs fonds souverains nos entreprises et nos marques…

On ne peut plus continuer ainsi: c’est la première fois dans l’histoire que des classes dirigeantes organisent le remplacement de leurs propres compatriotes par des populations étrangères. Le système économique qui conduit à une telle monstruosité doit être amendé. Les solutions sont donc d’abord de nature politique.

Gérard Pince

1-Je ne mésestime pas le rôle de l’extrême gauche. Dans son imaginaire, l’immigré s’est substitué à l’ouvrier présenté comme une sorte de rédempteur de l’humanité dans les années 60. De même l’adjectif « bourgeois », injure suprême à l’époque, a été remplacé par celui de « raciste ». Je ne mésestime pas non plus le rôle de certains intellectuels qui convoquent le nazisme dès qu’une critique de l’immigration est balbutiée. Je tiens compte aussi des considérations géopolitiques ou énergétiques et de la pression des pays arabes pour accroître l’immigration islamique au moins dans le cas de l’Europe. Toutefois, il me semble que seules les multinationales sont assez riches et puissantes pour influencer aussi fortement les gouvernements et les médias. Après tout, c’est bien Raffarin et non Besancenot, qui a lancé le slogan des « chances pour la France »!