mardi 8 avril 2008

Tibet, Colombie, Irak, Afghanistan

Les français se passionnent décidément pour ce qui ne les regarde pas. Les français? Disons plutôt l’élite mondialisée qui poursuit des lubies sans aucun rapport avec les intérêts bien compris de nos compatriotes.

Commençons par le Tibet. La suzeraineté de la Chine sur cette région n’a jamais été remise en question par le concert des nations. Il faut certes défendre l’identité culturelle et religieuse des tibétains mais je crains que toute cette agitation puérile ne nous détourne des véritables menaces qui pèsent sur notre propre civilisation. Cette observation s'applique aussi au battage médiatique organisé autour du cas d’Ingrid Betancourt qui illustre la solidarité clanique de notre élite mondialisée. L’ampleur des moyens déployés pour sauver cette riche héritière contraste avec l’indifférence affichée face au sort des roturiers français capturés par des pirates au large de la Somalie. Comme pour l’arche de Zoé, tout cela se terminera par des rançons au frais des contribuables. Une fois de plus, adjurons nos compatriotes de ne pas voyager dans ces zones à risques. Le gouvernement devrait annoncer qu’il ne paiera plus et que l’assaut sera immédiatement ordonné contre tous les preneurs d’otages. A défaut, la capture des blancs redeviendra une entreprise en pleine expansion, comme autrefois, avant la colonisation.

Il est de bon ton de prédire l’échec des américains en Irak. En réalité, la situation s’y stabilise grâce au ralliement des tribus sunnites. Les irakiens ont déjà réussi à se défaire d’al qu’Aida qui se reporte au Maghreb sur un terrain plus propice à son fanatisme bestial. L’Irak devrait donc à terme retrouver la paix. La raison en est simple: avec la Jordanie, ce pays bénéficie de la présence d’une élite instruite et relativement ouverte aux lumières. Je doute que les intérêts français profitent de cette situation compte tenu de leur complicité avec Saddam et de leur implication dans la corruption liée au trafic « pétrole contre nourriture » patronné par l’ONU. De plus, l’hostilité manifestée par nos pseudos géopoliticiens à l’égard des autorités nouvelles ne peut que compromettre nos chances de revenir dans ce pays.

Il faut s’étendre plus longuement sur l’Afghanistan puisqu’il est envisagé d’y envoyer des troupes supplémentaires. Dans une vie antérieure, j’ai accueilli des délégations de combattants afghans à Paris lors de la guerre contre l’URSS. Je les ai présentées à Raymond barre, François Léotard et des personnalités du monde des affaires et de la politique. J’ai présidé, en leur présence, des réunions publiques afin de les aider à recueillir des soutiens. Je dois préciser que mes « protégés » étaient des talibans islamistes. Ils n’entretenaient aucun rapport avec Massoud, idole de la France et de l’islam des lumières, qui avait négocié une trêve avec Andropov. Il fallait en effet soutenir la résistance la plus radicale pour fixer l’armée soviétique sur le « caillou » afghan et la dissuader d’envahir l’Europe occidentale.

Je garde en mémoire l’image de ces guerriers enthousiastes, sortis tout droit du haut moyen age et qui ne nourrissaient aucune hostilité à l’égard de l’Occident et d’Israël dont ils auraient d’ailleurs été bien incapables de situer l’emplacement sur une carte. Les choses se sont gâtées pendant la Présidence de Clinton: après de laborieuses négociations au sujet d’un pipe line, l’opinion américaine s’est avisée que les talibans n’étaient pas des défenseurs des droits de l’homme. Surtout, et cela reste à ce jour incompréhensible, toute la filière de la CIA en charge de ce pays (et dont Ben Laden était un familier) a été licenciée du jour au lendemain! En conséquence, le monstre que nous avions fabriqué, furieux d’être méprisé ou abandonné par ses maîtres, s’est retourné contre nous avec les conséquences que l’on sait.

Dans ce contexte, la guerre actuelle risque d’être interminable. Les afghans se moquent du développement économique et la guérilla reste la seule activité honorable pour les jeunes gens. Je ne vois pas pourquoi 65.000 occidentaux réussiraient là ou la fine fleur de l’armée rouge s’est cassée les dents. Certes, il fallait punir les talibans et détruire leurs infrastructures mais il aurait ensuite été sage de se retirer du pays le plus vite possible, d’autant plus qu’à la différence de l’Irak, les enjeux économiques y sont quasiment nuls. On nous dit que notre départ entraînerait le retour de Ben Laden dans le pays. En fait, il n’en est jamais parti puisque la frontière qui sépare les zones patchounes de celles du Pakistan n’existe que dans notre imaginaire (1). On nous dit aussi qu’il faut éviter le retour des talibans pour garantir l’émancipation des femmes (2). Soyons sérieux! Dans ce domaine, le pouvoir afghan ne vaut pas mieux que les talibans et s’il fallait se déterminer en fonction d’un tel objectif, il faudrait alors faire la guerre au Yémen et à l’Arabie Saoudite! Enfin, on nous explique que nos troupes protègent le Pakistan des pressions des islamistes afin d’éviter que la bombe ne tombe entre leurs mains. Je pense que l’on ferait mieux de combattre les islamistes sur notre propre territoire au lieu de se lancer dans des aventures sans issues à des milliers de kilomètres de chez nous.

Gérard Pince

1- Le fait que Ben Laden n’ait pas encore été capturé reste un mystère.
2- Argument présenté par Alain Madelin sur Ripostes. En réalité, le régime communiste avait libéré les femmes afghanes qui sont retournées à leur servitude ancestrale lors de la victoire de nos alliés…La politique ne fait pas toujours bon ménage avec la morale…