Les émeutes de la faim en Afrique et les hausses de prix en Europe annoncent une crise de sous production durable qui risque d’assombrir les prochaines décennies.
Il faut tout d’abord comprendre ses causes. Elle ne provient pas seulement de l’accroissement de la population (1). Elle résulte surtout de l’élévation du niveau de vie des classes moyennes asiatiques qui représentent près de 800 millions de personnes, soit l’équivalent de la population totale de l’Europe et des USA. On sait que cela se traduit déjà par une hausse de la demande en matières premières (pétrole, minerais etc.). En revanche, on parle peu du choc que cela va provoquer au niveau des ressources alimentaires mondiales. En effet, ces classes moyennes consomment de plus en plus de produits animaux (Laitages, viandes etc.). Or, il faut 7 kilos de céréales et plusieurs m3 d’eau pour produire en moyenne un kilo de viande. A partir de ce taux de conversion, il est facile d’imaginer l’énorme pression exercée sur l’agriculture et les disponibilités en eau (2) : sachant que notre terre nourrit convenablement 800 millions d’occidentaux et tant bien que mal le reste de l’humanité, il faudrait donc une seconde planète pour permettre à 800 millions d’asiatiques d’accéder à nos niveaux de consommation!
Normalement, la science et le progrès technique devraient relever ce défi. On sait déjà combiner les atomes pour fabriquer des matériaux artificiels. On pourrait produire des biens agricoles hors sol, et notamment des aliments comparables aux produits carnés (3). On devrait pouvoir augmenter à l’infini les ressources en eau potable grâce au dessalement des mers. Enfin, on parviendra un jour ou l’autre à capter l’énergie solaire et à remplacer le vieux moteur à explosions. Lorsque les économistes classiques et les écologistes invoquent la rareté, les scientifiques répondent à juste titre que la science et le progrès technique tendent au contraire vers l’abondance (4). Cela signifie que la seule ressource indispensable réside dans le cerveau humain et sa capacité créative. Pourtant, en dépit de ces perspectives, et alors que la terre pourrait supporter 12 à 15 milliards d’habitants, nous observons partout des plaques de pénurie qui s’étendent comme en atteste le regain de l’inflation mondiale.
On doit donc se demander si cette crise ne résulte pas d’une altération de nos capacités scientifiques. Pendant des millénaires, l’humanité a végété dans la rareté en raison des contraintes sociales qui limitaient la créativité des individus. Les extraordinaires progrès enregistrés au cours des trois siècles précédents ont résulté pour l’essentiel de la révolution des Lumières et de ses composantes politiques et civiles qui ont libéré l’esprit humain et favorisé le développement exponentiel des sciences. Or, le retour actuel de tous les obscurantismes représente une menace pour la créativité et risque de faire retomber l’humanité dans les trappes de la rareté. Plusieurs manifestations de cette tendance paraissent déjà évidentes. La secte écologique s’oppose partout au progrès scientifique et notamment à la fusion nucléaire qui garantirait une énergie illimitée, non polluante et sans déchets. De leur coté, les religions condamnent les avancées de la génétique qui apporteraient pourtant des solutions innovantes dans les domaines vitaux de l’alimentation et de la santé. Dans un tel contexte, les jeunes se détournent des études scientifiques et de nombreux savants s’alarment d’un risque de tarissement du progrès technique.
La crise actuelle de sous production a donc peut être pour cause principale une crise intellectuelle de grande ampleur qui risque de retarder les effets bénéfiques du progrès technique et d’enfoncer l’humanité dans la pénurie et les guerres ethniques qui en résulteront.
Gérard Pince
1- À l’échelle mondiale la production agricole depuis la guerre a suivi l’augmentation de la population et le pourcentage de personnes mal nourries s’est même réduit sur la période. Le cas de l’Afrique évoqué dans un article précédent fait exception en raison de deux singularités : D’une part, sa démographie est démentielle puisque sa population devrait être multipliée par 9 entre 1950 et 2050. D’autre part, tous les experts considèrent que les africains sont incapables de gérer une telle situation.
2- Par exemple en 20 ans, la consommation de viande par habitant en Chine est passée de 20 à 50 kg par an. Il faut toutefois adopter une certaine prudence à l’égard des taux de conversion. Par exemple, en élevage extensif, les bovins se nourrissent surtout de l’herbe de pâturages qui seraient, de toutes manières, impropres à la culture des céréales.
3- À partir des algues. Ce qui permettrait d’en finir avec les massacres d’animaux qui déshonorent notre espèce.
4- Au fur et à mesure que la science étend l’abondance, les prix diminuent et le domaine de l’économie classique en tant que « science » de la rareté se réduit d’autant. Plus précisément, l’économie classique n’est qu’un résidu dans un monde où la science n’a pas encore atteint toutes ses potentialités. En théorie, tout problème de rareté, et donc tout problème économique, devrait pouvoir se résoudre grâce au progrès technique. Reportez vous à www.freeworldacademy.com/globalleader/ecodev.htm
vendredi 9 mai 2008
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7 commentaires:
"De leur coté, les religions condamnent les avancées de la génétique qui apporteraient pourtant des solutions innovantes dans les domaines vitaux de l’alimentation et de la santé."
Cher gérard, exceptionnellement, vous me décevez par cette phrase générale qui me semble quelque peu infondée.
Je n'ai pas encore vu le dalaï lama ou Benoît XVI faire une grève de la fin pour réclamer l'interdiction mondiale des OGM....
cordialement
Il ne s'agit pas des OGM; Vous savez bien que les religions s'opposent au clonage, a l'utilisation des cellules souches,à la contraception et meme à l'usage du préservatif pour se protéger du SIDA.
Un ami m'a signalé ce jour le site suivant :TED.com.
On y trouve des conférences filmées sur à peu près tous les sujets de la connaissance.
Évidemment, il y a autant de choses qui me plaisent que de choses qui ne m'intéressent pas (comme les théories de Al Gore).
Cependant, ce qui m'a stupéfait en regardant ces documentaires, encore une fois, c'est de constater à quel point la science et les idées sont respectées Outre-Atlantique.
L'Amérique est un pays où il existe encore des débats, et on sent bien que c'est également le centre nerveux de la recherche scientifique dans le monde.
Lorsque je regarde la France, après ce constat, j'ai honte. Oui, honte de vivre dans un pays où les chercheurs sont captifs dans le système stérile et kolkozien du CNRS, préférant être mal payés, improductifs ou oisifs plutôt que collaborer avec l'industrie.
J'ai honte de vivre dans un pays qui - excusez moi - a préféré dépenser des milliers de milliards d'argent public pour que grouille une population d'assistés sociaux et de médiocres, justes bons à copuler pour toucher les allocs et glandouiller devant le foot, en attendant que tombe le chômage.
Un pays qui rabaisse ses savants au profit des imbéciles est un pays décadent. Honte à la France. Nous n'avons plus rien d'une grande puissance, nous sommes justes des orgueilleux endettés, des nuls incapables de se remettre en question, des cancres.
Comme les arabes détestent Israël car ils jalousent sa réussite, les Français détestent les américains pour leur supériorité intellectuelle.
D'ailleurs, la haine des riches qui imprègne la société française n'est pas sans rappeler l'antisémitisme primaire.
@ Anonyme 10 mai :
"J'ai honte de vivre dans un pays qui - excusez moi - a préféré dépenser des milliers de milliards d'argent public pour que grouille une population d'assistés sociaux et de médiocres, justes bons à copuler pour toucher les allocs et glandouiller devant le foot, en attendant que tombe le chômage."
Quand les alloc et aides diverses seront arrêtées pour cause budgétaire, le patronat français disposera d'une grande quantité de main d'oeuvre taillable et corvéable à merci et qui acceptera de travailler sans toucher de retraite à 60 ans pendant 25 ans. Cela permettra d'en finir avec les acquis sociaux. Les descendants des soixante huitards quitteront peut-être la France, so what? Ils sont peu nombreux.
Bon, elle est pas belle la vie (pour le patronat)?
Je suppose que ces choses sont voulues, afin de faire prendre conscience aux peuples de la terre de la "nécessité" d'une gouvernance mondiale. De même pour la crise financière.
Il est nécessaire que le royaume du mal se manifeste pleinement...
Cher Gerard,
Pour ma part, j'estime qu'il ne faut pas opposer systématiquement des points de vue différents sur un certain nombre de sujets actuels : OGM, cellules souches... en fonction d'un postionnement qui serait soit scientifique, religieux ou autre que sais-je.
Tout ne s'oppose pas et certaines choses peuvent se compléter. Par exemple, le débat sur la bioéthique. Les tenants d'un catholicisme intransigeant veulent au nom de leur foi interdire toute manipulation de cellules souches et les "scientifiques" souhaitent tout le contraire.
La science doit amener le progrès technique et permettre de mieux lutter contre certaines tares mais encore faut-il naturellement un certain nombre de garde-fous pour éviter des dérives. En ce sens, "les moralistes religieux" si je puis dire peuvent execer cette fonction.
Toute est affaire d'équilibre en quelque sorte comme vous le rappelez dans votre article.
La politique, c'est un jeu d'équilibriste. Malheureusement, nos acrobates hexagonaux ne sont pas encore au niveau du Cirque de Moscou...
OV
"Les massacres d'animaux qui déshonorent notre espèce"
Ben O combien ceci est vrai ! Et irrationnel en plus: autant faire directement un kilo de viande d'homme avec 7 kgs de céréales (où de levures et algues)...
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