vendredi 9 mai 2008

Une crise peut en cacher une autre: les vraies raisons de s’alarmer.

Les émeutes de la faim en Afrique et les hausses de prix en Europe annoncent une crise de sous production durable qui risque d’assombrir les prochaines décennies.

Il faut tout d’abord comprendre ses causes. Elle ne provient pas seulement de l’accroissement de la population (1). Elle résulte surtout de l’élévation du niveau de vie des classes moyennes asiatiques qui représentent près de 800 millions de personnes, soit l’équivalent de la population totale de l’Europe et des USA. On sait que cela se traduit déjà par une hausse de la demande en matières premières (pétrole, minerais etc.). En revanche, on parle peu du choc que cela va provoquer au niveau des ressources alimentaires mondiales. En effet, ces classes moyennes consomment de plus en plus de produits animaux (Laitages, viandes etc.). Or, il faut 7 kilos de céréales et plusieurs m3 d’eau pour produire en moyenne un kilo de viande. A partir de ce taux de conversion, il est facile d’imaginer l’énorme pression exercée sur l’agriculture et les disponibilités en eau (2) : sachant que notre terre nourrit convenablement 800 millions d’occidentaux et tant bien que mal le reste de l’humanité, il faudrait donc une seconde planète pour permettre à 800 millions d’asiatiques d’accéder à nos niveaux de consommation!

Normalement, la science et le progrès technique devraient relever ce défi. On sait déjà combiner les atomes pour fabriquer des matériaux artificiels. On pourrait produire des biens agricoles hors sol, et notamment des aliments comparables aux produits carnés (3). On devrait pouvoir augmenter à l’infini les ressources en eau potable grâce au dessalement des mers. Enfin, on parviendra un jour ou l’autre à capter l’énergie solaire et à remplacer le vieux moteur à explosions. Lorsque les économistes classiques et les écologistes invoquent la rareté, les scientifiques répondent à juste titre que la science et le progrès technique tendent au contraire vers l’abondance (4). Cela signifie que la seule ressource indispensable réside dans le cerveau humain et sa capacité créative. Pourtant, en dépit de ces perspectives, et alors que la terre pourrait supporter 12 à 15 milliards d’habitants, nous observons partout des plaques de pénurie qui s’étendent comme en atteste le regain de l’inflation mondiale.

On doit donc se demander si cette crise ne résulte pas d’une altération de nos capacités scientifiques. Pendant des millénaires, l’humanité a végété dans la rareté en raison des contraintes sociales qui limitaient la créativité des individus. Les extraordinaires progrès enregistrés au cours des trois siècles précédents ont résulté pour l’essentiel de la révolution des Lumières et de ses composantes politiques et civiles qui ont libéré l’esprit humain et favorisé le développement exponentiel des sciences. Or, le retour actuel de tous les obscurantismes représente une menace pour la créativité et risque de faire retomber l’humanité dans les trappes de la rareté. Plusieurs manifestations de cette tendance paraissent déjà évidentes. La secte écologique s’oppose partout au progrès scientifique et notamment à la fusion nucléaire qui garantirait une énergie illimitée, non polluante et sans déchets. De leur coté, les religions condamnent les avancées de la génétique qui apporteraient pourtant des solutions innovantes dans les domaines vitaux de l’alimentation et de la santé. Dans un tel contexte, les jeunes se détournent des études scientifiques et de nombreux savants s’alarment d’un risque de tarissement du progrès technique.

La crise actuelle de sous production a donc peut être pour cause principale une crise intellectuelle de grande ampleur qui risque de retarder les effets bénéfiques du progrès technique et d’enfoncer l’humanité dans la pénurie et les guerres ethniques qui en résulteront.

Gérard Pince

1- À l’échelle mondiale la production agricole depuis la guerre a suivi l’augmentation de la population et le pourcentage de personnes mal nourries s’est même réduit sur la période. Le cas de l’Afrique évoqué dans un article précédent fait exception en raison de deux singularités : D’une part, sa démographie est démentielle puisque sa population devrait être multipliée par 9 entre 1950 et 2050. D’autre part, tous les experts considèrent que les africains sont incapables de gérer une telle situation.
2- Par exemple en 20 ans, la consommation de viande par habitant en Chine est passée de 20 à 50 kg par an. Il faut toutefois adopter une certaine prudence à l’égard des taux de conversion. Par exemple, en élevage extensif, les bovins se nourrissent surtout de l’herbe de pâturages qui seraient, de toutes manières, impropres à la culture des céréales.
3- À partir des algues. Ce qui permettrait d’en finir avec les massacres d’animaux qui déshonorent notre espèce.
4- Au fur et à mesure que la science étend l’abondance, les prix diminuent et le domaine de l’économie classique en tant que « science » de la rareté se réduit d’autant. Plus précisément, l’économie classique n’est qu’un résidu dans un monde où la science n’a pas encore atteint toutes ses potentialités. En théorie, tout problème de rareté, et donc tout problème économique, devrait pouvoir se résoudre grâce au progrès technique. Reportez vous à
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