mardi 24 mars 2009

Prochain G20

Comme je l’avais indiqué dans mon blog précédent, je viens d’écrire au Président de la République pour lui soumettre deux propositions en vue du prochain sommet du G20 à Londres.

En premier lieu, il convient de concrétiser la politique annoncée à l’égard des paradis fiscaux. Le G20 ne doit pas se contenter d’établir une nouvelle liste noire de ces centres qui abritent l’argent provenant du terrorisme, de la fraude fiscale et du crime organisé. Il faut ordonner à toutes les banques de clôturer leurs opérations et de fermer leurs filiales dans ces centres sous quatre vingt dix jours. Si cette décision était prise, ces fonds illégaux ne pourraient plus sortir de leurs îles exotiques et cesseraient ainsi d’alimenter la spéculation ou le blanchiment. Près de 10.000 milliards de dollars seraient ainsi gelés ce qui permettrait de réduire d’autant les risques d’inflation future résultant des injections de liquidités actuelles.

En second lieu, il convient de fixer un délai de trente jours aux banques pour fournir un état détaillé de leurs risques et notamment de leur exposition aux produits dérivés (y compris au niveau du hors bilan). Le G20 devra aussi instituer une chambre de compensation centrale pour ces produits dérivés, adopter le principe d’un collège de superviseurs couvrant tous les acteurs financiers (en s’inspirant des propositions de M. de Larosière), rétablir la distinction entre banques de dépôts et d’investissements et enfin interdire la vente à découvert des actifs que les gouvernements s’efforcent par ailleurs de soutenir. Ces mesures complémentaires sont indispensables pour rétablir la confiance dans le système financier.

Au vu des actions déjà entreprises par ailleurs (garantie des déposants, sortie des actifs toxiques, plans de relance), ces deux décisions paraissent suffisantes dans l’immédiat. Si l’obstruction américaine ne permettait pas leur adoption, il conviendrait alors de les appliquer unilatéralement aux échelons français et européen.

En vérité, je n’attends pas grand-chose du prochain G20. La politique américaine me parait de plus en plus illisible même si elle semble satisfaire, au moins pour le moment, des marchés financiers versatiles. La politique de la banque centrale consistant à refinancer les déficits par le biais d’achat des bons du trésor ne peut que déboucher à moyen terme sur une hyperinflation mondiale. Par ailleurs, le nouveau plan concernant les actifs toxiques des banques échappe à mon humble compréhension. Nul ne sait comment valoriser ces actifs. Si le prix fixé est trop élevé, les investisseurs privés se garderont bien de les racheter. Si le prix est trop bas, les banques enregistreront de lourdes pertes qu’il faudra compenser par de nouvelles recapitalisations etc.

La France et l’Allemagne ont raison de se tenir à l’écart de toute cette débauche financière. Certes, les politiques européennes ne comportent pas les mesures nécessaires pour sortir d’une crise qui ne peut aller qu’en s’aggravant mais on peut s’en consoler en estimant qu’il vaut mieux ne rien faire plutôt que mal faire (1). Dans l’immédiat, les dirigeants européens doivent surtout désamorcer la colère populaire afin d’éviter une explosion sociale. En pénalisant les paradis fiscaux, ils présentent à l’opinion un bouc émissaire qui a bien mérité d’être sacrifié. Avec une pointe de cynisme, on peut dire que ce sera sans doute le seul résultat tangible du prochain G20.

Gérard Pince

1-Se reporter sur ce sujet à www.freeworldacademy.com/globalleader/depression.htm et www.freeworldacademy.com/bref.htm.