dimanche 31 mai 2009

Les blancs de rizières

Je reviens sur l’article des « mutants » à l’occasion d’une anecdote qui me semble emblématique. Une agence de voyages propose un périple dans le désert africain en précisant que les clients devront préparer le campement et la cuisine avec leurs accompagnateurs (guides et chameliers). Cet aspect du voyage est présenté comme un plus au titre des valeurs de partage et de solidarité avec des populations « ethniques ». Vu son coût, ce programme ne s’adresse pas à des routards mais plutôt à des cadres ou des professions libérales.

J’imagine aisément nos voyageurs, accroupis avec leurs chameliers et mangeant avec les doigts du poisson fumé dans une bassine à même le sol. On va se tutoyer; les chameliers appelleront les femmes par leur prénom; caresseront leurs cheveux, et plus si affinités. Les maris se consoleront en pensant qu’il faut bien donner de l’amour à ces pauvres déshérités.

A titre de comparaison, lorsque j’effectuais des tournées en brousse, mon personnel ( le chauffeur, le boy graisseur, le maître d’hôtel et le cuisinier) installait ma tente, le lit Pico et la table avec une nappe tandis que le cuisinier préparait le repas. Bien évidemment, je dînais seul et j’étais servi par mon maître d’hôtel, en veste et gants blancs, dans l’argenterie.

Quittons l’Afrique et revenons en Normandie. Cet après midi, à Coutances, sur le parvis de l’église saint Nicolas, j’ai vu un groupe de jeunes BCBG, manifester pour que les sans papiers soient accueillis « sous les pommiers ». Il est vrai que la basse Normandie ne compte que 2% d’immigrés. Nos paroissiens s’en indignent et font tout pour les attirer. Les bras m’en sont tombés et je suis parti, hébété, à travers la campagne, en appelant les vaches par leurs prénoms.

Les malgaches distinguaient les vaza bé, c'est-à-dire les Grands Blancs (Haut Fonctionnaires civils et militaires, Directeurs de Banques etc.) des « petits blancs de rizière » qui vivaient à la mode indigène. Nos nouvelles générations mutantes, quelle que soient leurs qualifications socio professionnelles, leur culture, ou leur religion, se comportent comme des blancs de rizière. Elles subiront la souffrance, la peur, la pénurie et la merde. Telle est leur destinée.

Gérard Pince