vendredi 26 juin 2009

Crise : réponses à deux questions primordiales

Les derniers indicateurs publiés par les grandes institutions internationales (FMI, Banque mondiale, OCDE) permettent de répondre à deux questions que vous vous posez tous : Quand surviendra la reprise? Quelle est la situation de la France face à la crise?
Une analyse critique de ces statistiques fait ressortir qu’il est prématuré de fixer une date certaine pour la reprise. De nombreux économistes craignent à présent une dépression aussi longue et aussi dévastatrice qu’en 1929. En revanche, les chiffres montrent que la France reste moins touchée que ses partenaires immédiats, qu’elle bénéficiera d’une reprise éventuelle à un rythme plus rapide et que son endettement public n’a rien d’exceptionnel (1).

1-Quand surviendra la reprise?

La Banque mondiale envisage à présent une baisse du PIB mondial de 2,9% en 2009 (dont moins 3% pour les USA et moins 4,5% pour la zone euro) alors qu’elle prévoyait en décembre dernier une hausse de 0,9%. L’importance de l’erreur constatée ne peut qu’altérer la validité des nouvelles prévisions de reprise, d’autant plus qu’elles reposent sur deux hypothèses contestables: une reprise aux états unis dès la fin de 2009 et une stabilisation durable du prix des matières premières (2).

S’agissant de la reprise américaine, largement anticipée par les bourses, les indicateurs disponibles restent contrastés. Certes, le Baltic index qui s’était effondré est remonté à 3700 (Contre 10.000 avant la crise !). On assiste par ailleurs, entre Mai et Juin, à une légère amélioration des permis de construire et des commandes de biens manufacturés (3). En revanche, les achats de maisons continuent à décroître tandis que le chômage poursuit son augmentation au même rythme : alors que son taux s’établissait à 4,6% en 2007, il devrait atteindre 10,1% en 2010 (4). Une détérioration aussi rapide ne peut pas rester sans effet sur le niveau de la consommation. En outre, au cours du premier quadrimestre 2009, l’investissement en taux annualisé a décru de 37% (et de 30% au Japon et en Allemagne) (5). Une telle chute devrait logiquement interdire tout espoir de reprise en 2010 et même en 2011.

S’agissant des matières premières, la Banque mondiale fonde ses prévisions sur un baril de pétrole à 55$ en 2009, 63 en 2010 et 65 en 2011, l’idée étant qu’une demande affaiblie devrait maintenir les prix bas. En fait, le prix dépend aussi de l’offre. Si cette dernière se réduit encore plus fortement que la demande, les prix ne peuvent qu’augmenter. Or les pays producteurs retardent partout leurs investissements (la Russie vient de supprimer ses projets d’investissements gazier) et par conséquent le baril de pétrole qui atteint déjà 70$ en juin 2009 dépassera très certainement les chiffres prévus par la banque en 2010 et 2011. Conformément à notre analyse de base, le rebond des cours des matières premières risque donc de tuer dans l’oeuf tout espoir de reprise durable (6).

En conclusion, en l’absence de solutions réelles (7), il s’avère difficile de fixer une date pour la reprise. De nombreux économistes craignent à présent une crise aussi longue et aussi dévastatrice qu’en 1929.

2-Quelle est la situation de la France face à la crise

Parmi les quatre pays européens du G7, la France est le pays le moins touché par la crise. En 2009, son PIB devrait chuter de 2,9% contre 5,6% en Allemagne, 4,4% en Italie et 4% au Royaume uni (4) (Selon l’OCDE la chute serait encore plus sévère en Allemagne :-6,1% et en Italie :-5,6%).

Certains prétendent qu’en contrepartie la France sortirait plus tard de la crise. Les chiffres du FMI ne confirment pas cette prédiction: parmi les quatre pays européens du G7, la France serait la seule à sortir de la crise en 2010 (+0,4%) et son taux de croissance resterait supérieur à celui de l’Allemagne et de l’Italie en 2011 (4). Par ailleurs, notre taux de chômage en 2010 (10,3%) serait inférieur à celui de l’Allemagne (10,8%) et comparable à celui des USA (10,1%). L’observation quotidienne confirme d’ailleurs ces chiffres. En France, on ne voit pas 500 maisons saisies en une seule journée comme à Las Vegas et des familles, privées de logements, quitter les villes en convoi pour aller vivre dans des campements. Heureusement, nos banques ont fait moins de bêtises qu’aux états unis et elles sont en meilleure santé que les banques suisses, belges, luxembourgeoises, allemandes ou britanniques très exposées à des défaillances dans les pays de l’est.

Pour autant, sommes nous trop endettés? En 2007, la France faisait encore figure de mauvais élève parce que son ratio de dette publique par rapport au PIB s’établissait à 63,9% contre 63,5% en Allemagne, 63% aux USA et 44% au Royaume Uni. Compte tenu de la crise, la France serait en 2010 dans une position plus favorable que ses autres partenaires puisque son ratio n’atteindrait que 80,2% contre 97,5% aux USA, 86,6% en Allemagne, 121% en Italie, 227% au Japon (4). C’est d’ailleurs pourquoi l’Agence France Trésor place ses OAT sans difficultés sur les marchés financiers. C’est aussi pourquoi l’emprunt EDF s’annonce comme un succès. Dans ce contexte, on peut s’attendre à ce que les épargnants souscrivent largement à l’emprunt Sarkozy (8).

Pour le moment, l’endettement et la planche à billets permettent de retarder ou de ralentir la déflation qui menace tous les pays. Par exemple, l’index des prix à la consommation hors énergie, est passé aux USA de 117,3 en 2007 à 105,6 en mai 2009. Pour les mêmes dates, l’index est passé en France de 108,4 à 103,4 (10). Sans les injections de monnaie, la déflation sous jacente aurait donc été beaucoup plus forte. D’ailleurs, le FMI, la Banque mondiale et L’OCDE excluent dans l’immédiat l’adoption de plans de rigueur et recommandent la poursuite des politiques de soutien.

Il n’en reste pas moins que le monde développé (et pas seulement la France) s’endette trop lourdement pour des résultats incertains. Cela pourrait déboucher, comme le signale Jacques Attali, sur une hyper inflation et un Weimar planétaire (9). Je crois plutôt que cela débouchera sur une inflation forte mais maîtrisée accompagnée dans certains pays par des dévaluations et des manipulations monétaires. Après les deux guerres mondiales, les énormes dettes accumulées par les états furent ainsi apurées au détriment des rentiers et des prêteurs. Le procédé remonte à l’empire Romain. C’est d’ailleurs pourquoi il est absurde de comparer les finances d’un ménage à celles des états.

Gérard Pince

1- Sites du FMI, de la Banque mondiale et de l’OCDE : cliquez sur : http://www.imf.org/external/index.htm - http://www.worldbank.org/ -http://www.oecd.org/home/0,3305,en_2649_201185_1_1_1_1_1,00.html
2- Cliquez sur :http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/EXTDEC/EXTDECPROSPECTS/EXTGBLPROSPECTSAPRIL/0,,contentMDK:20370107~menuPK:659160~pagePK:2470434~piPK:4977459~theSitePK:659149,00.html 3-Indicateurs de l’US census bureau: http://www.census.gov/cgi-bin/briefroom/BriefRm
4-http://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2009/01/weodata/index.aspx
5-http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/EXTDEC/EXTDECPROSPECTS/EXTGBLPROSPECTSAPRIL/0,,contentMDK:20370205~menuPK:659166~pagePK:2470434~piPK:4977459~theSitePK:659149,00.html
6-http://www.freeworldacademy.com/globalleader/depression.htm
7-http://www.freeworldacademy.com/bref.htm
8- Un bon profil impliquerait notamment, l’indexation du principal sur un panel de matières premières, la défiscalisation du coupon et la déduction du montant souscrit de l’actif imposable à l’ISF et aux droits de succession (comme le regretté « Pinay »)
9-à voir sur
http://www.dailymotion.com/video/x9ciw3_attali-preparezvous-pour-un-weimar_news
10-http://www.oecd.org/document/15/0,3343,en_2649_33715_1873295_1_1_1_1,00.html