lundi 15 juin 2009

Les deux écologies


L’écologie comporte deux courants. Le premier, qui vient de remporter un succès électoral en France, souhaite protéger la nature pour favoriser un développement durable de l’humanité. Le second, quasiment inconnu, considère que la salut de la planète passe par une lutte sans merci contre la surpopulation humaine.

Je ne reviendrai pas sur les thèses de nos écologistes français (réchauffement climatique, décroissance, culpabilité de l’homme blanc). Il faut lire l’excellent livre de Christian Gérondeau “CO2-Un mythe planétaire” ou se reporter à son interview sur http://www.reichmantv.com. Si ces écologistes rencontrent un tel succès, en dépit de leurs nombreuses contradictions, c’est surtout parce qu’ils surfent sur la tendance majeure de notre époque fondée sur la repentance. En fait, ce sont surtout des tiers-mondistes et j’en prends pour preuve leur refus absolu de limiter la population humaine (1). Tout comme les gauchistes, ils veulent simplement détruire notre civilisation et sur exploitent la bêtise humaine qui représente de nos jours la seule ressource inépuisable.

En revanche, la « Deep ecology », surtout présente dans les pays anglo saxons, considère que l’espèce humaine doit réguler sa population pour vivre en équilibre avec la biosphère et l’écosphère. Elle insiste sur la déforestation, la pollution des espaces naturels et la disparition des autres espèces vivantes qui résultent de la surpopulation dans le tiers monde. A la différence du CO2, ces fléaux ne relèvent pas de l’imaginaire. J’ai vu, à Madagascar, les collines autrefois boisées (les « tanety ») transformées en monticules arides du fait de la déforestation. J’ai vu, en avion, les énormes nuages de fumée et de cendres résultant des incendies de la forêt amazonienne. J’ai vu sur les plages des îles du Pacifique les dégâts occasionnés par la pollution. Ces problèmes ne peuvent qu’empirer puisque la fameuse transition démographique, qui devait ralentir la progression de la population mondiale, ne semble pas fonctionner dans certaines régions du monde et notamment en Afrique subsaharienne (2).

Les conséquences politiques de ces deux courants s’avèrent radicalement différentes (3). Pour nos écologistes, l’Occident porte la responsabilité de la situation actuelle et doit se sacrifier pour permettre aux populations du tiers monde de croître sans limites. Au contraire, la « Deep ecology » considère que la civilisation occidentale offre des remèdes puisqu’elle enregistre une faible croissance démographique, privilégie les énergies propres comme le nucléaire, replante ses espaces naturels, et réduit la pollution dans ses villes. En revanche, les pays sous développés n’apportent aucune solution et laissent leurs populations proliférer au détriment des équilibres naturels de la planète. La « Deep ecology » cible donc les pays pauvres en réclamant une réduction drastique de leur démographie.

En théorie, le progrès technique occidental pourrait nourrir 30 milliards d’habitants mais il est constamment remis en cause par les apôtres de la décroissance. L’humanité va donc tomber dans la trappe malthusienne, ce qui signifie que la nature se chargera d’éliminer la population en excédent. Les grandes famines prévisibles pourraient d’ailleurs affecter l’Europe occidentale. On oublie trop souvent que notre péninsule a été jusqu’à la fin du 19 ème siècle une terre de la faim en raison de sa trop grande densité humaine. Il a fallu l’action conjuguée de la mécanisation agricole et de l’émigration d’une partie des populations en Amérique pour parvenir à l’aube du 20ème siècle à l’autosuffisance alimentaire et ensuite à l’accumulation d’excédents. Or, de même que les chiens ne font pas des chats, chaque ethnie est adaptée à un certain type de terroir. Lorsque, du fait du remplacement des populations, nos fermes auront été remplacées par des huttes et des gourbis; lorsque les vaches auront été abattues pour laisser place aux chèvres; lorsque les grasses prairies auront été transformées en gravats, il en résultera nécessairement une forte baisse de la production agricole et une incapacité à nourrir les bidonvilles. En prenant pour horizon la fin de ce siècle, l’Europe pourrait donc devenir le théâtre des grandes famines que la nature imposera pour rétablir ses équilibres naturels.

En ce sens, le remplacement des populations est un véritable enjeu écologique tandis que le réchauffement climatique n’est qu’un alibi des théories tiers-mondistes.

Gérard Pince

1- En particulier, Nicolas Hulot considère que la surpopulation ne correspond pas à un enjeu écologique
2-En 2008, on prévoit une population mondiale de 9,3 milliards en 2050 alors qu’en 2004 les prévisions des mêmes instituts portaient sur 9 milliards. Au fur et à mesure des révisions, on s’achemine ainsi vers des chiffres qui infirment le scénario médian de la transition démographique. Pour la définition de la transition démographique, se reporter à
www.freeworldacademy.com/globalleader/population.htm. Pour prendre connaissance des derniers rapports établis en 2008, se reporter à : www.un.org/esa/population/unpop.htm et www.prb.org
3-Ces deux courants alimentent aussi des débats philosophiques dont on trouvera un écho en cliquant sur http://www.utm.edu/staff/jfieser/vita/research/eco.htm. En substance, l’écologie traditionnelle revendique un héritage humaniste chrétien ou laïc tandis que la « Deep ecology » ne place plus l’homme au centre de l’univers et plaide pour l’unité de la biosphère (Se reporter à l’essai de Luc Ferry consacré au “Nouvel ordre écologique”).