vendredi 17 juillet 2009

L’économie à l’heure de mon clocher

En économie comme dans les autres disciplines, il faut toujours partir de l’observation du réel avant de remonter à l’idée générale. A ce titre, un simple village permet d’observer des faits économiques qui sont souvent occultés dans une grande ville. A partir de l’examen de mon propre village normand, j’en arrive à la conclusion que ses habitants vivent de facto sous un régime partiellement communiste, que ce dernier fonctionne à la satisfaction générale, mais que sa pérennité se trouve gravement menacée.

L’activité économique vise notamment à satisfaire les besoins individuels et collectifs au moyen de biens et services. Le statut privé ou public des principaux producteurs de ces biens détermine en partie la nature du régime économique (socialiste ou capitaliste). Au niveau de mon village de 3000 habitants, j’observe tout d’abord que le service public couvre la quasi-totalité des besoins essentiels. La brigade de gendarmerie, la police municipale, la police rurale (les anciens gardes champêtres), la caserne de pompiers, veillent sur la sécurité des personnes, ce qui représente, vous en conviendrez, le premier besoin de tout individu. La santé est assurée par deux cabinets médicaux, un cabinet dentaire, trois officines d’infirmières et deux pharmacies. Il s’agit certes d’opérateurs privés mais qui ordonnancent et gèrent des dépenses couvertes par le service public (sécurité sociale). Enfin, les services publics marchands (donnant lieu à facturation) fournissent l’alimentation en eau, l’éclairage, le chauffage qui correspondent aussi à des besoins prioritaires. Le service public assure, en outre, une grande partie des besoins secondaires : L’éducation et la poste bien sur mais aussi le nettoyage des rues, l’enlèvement des déchets, la plantation et l’entretien d’espaces verts, la bibliothèque, la piscine, les courts de tennis, le cinéma intercommunal etc. La municipalité organise même des thés dansants pour que les veuves septuagénaires puissent enfin « vivre leur vie » !

Nous prétendons souvent que tous ces services seraient mieux assurés par le secteur privé. La réalité ne valide pas cette idée. La gendarmerie, omniprésente, veille jour et nuit sur la sécurité des personnes et des biens. Au moindre accident de santé, les pompiers transportent aussitôt le patient à l’hôpital le plus proche. Les rues sont toujours fleuries et dans l’ensemble le service public fonctionne parfaitement. On ne peut pas en dire autant du secteur privé. Par exemple, il vaut mieux ne pas trop compter sur les artisans et PME diverses pour l’entretien de sa maison. Le travail est cochonné et il faut tout reprendre derrière. C’est ainsi que je suis devenu tour à tour, maçon, plâtrier, vitrier, peintre, serrurier, menuisier, ébéniste, tapissier, jardinier etc.! Quant aux gargotiers, ils se sont bien goinfrés avec la baisse de la TVA. Voila une dépense publique tout à fait inutile, tout comme sont inutiles les exonérations de charges et les subventions accordées aux entreprises locales. En paraphrasant Bastiat, je paye volontiers pour des services publics que je vois mais que je ne veux pas subventionner des entreprises dont je n’ai pas l’usage. Il est donc fallacieux de clamer urbi et orbi que seul le secteur privé produit des richesses et que le service public n’est qu’un ramassis de paresseux et de parasites. Au niveau de mon village, ce sont au contraire les opérateurs publics qui couvrent les besoins essentiels.

A l’évidence tous ces biens et services impliquent des coûts qui sont couverts soit par les impôts soit par la facturation des services marchands (chauffage et électricité par exemple). Lorsque j’examine mon propre budget annuel, je constate que les principaux postes de dépenses correspondent justement aux impôts (nationaux, locaux, TVA) et aux factures de gaz, d’eau ou d’électricité. Cette situation ne me choque pas puisqu’à l’actif du bilan, c’est bien le service public qui couvre mes besoins essentiels. J’ajoute que si tous ces services étaient fournis par le secteur privé, ma dépense serait sans nul doute beaucoup plus élevée (songez au coût d’un gardiennage privé permanent). Transposé au niveau national, cet écart explique l’importance de nos déficits publics. Par ailleurs, comme certains prélèvements fiscaux sont modulés en fonction des revenus ou du patrimoine (IR et ISF), il est clair que nombre de mes voisins bénéficient de prestations identiques (sécurité et santé) tout en les payant à un moindre prix. Les plus démunis reçoivent aussi des allocations qui couvrent une partie de leurs dépenses auprès du secteur privé (supermarchés: alimentation, vêtements, électroménager). Cela signifie, qu’au moins pour les besoins essentiels, nous vivons sous le régime « a chacun selon ses besoins » qui correspond très exactement à l’idéal communiste. Cette conclusion peut paraître paradoxale mais un examen purement comptable la vérifie. Le niveau de la dépense publique et des prélèvements obligatoires au plan national reflètent , en termes financiers, la réalité de cette situation. Par ailleurs, ce communisme municipal, bien visible au niveau d’un village, fonctionne à la satisfaction générale des ruraux. Tous les sondages montrent que nos compatriotes de la France profonde sont farouchement attachés au maintien de leurs services publics. Les élus de droite, y compris les plus libéraux, ne manquent pas de s’en faire l’écho.

Et la crise dans tout cela ? Vu de mon village, il s’agit d’un épiphénomène qui arrive loin derrière la rétrogradation de Caen en deuxième division ou l’interdiction de la pêche aux coques dans le marais des Veys. Bien que ce village comporte toutes les catégories sociales, son armature repose néanmoins sur un noyau de gros possédants ruraux, d’épargnants et de retraités aisés. Pas de frimeurs ici ! Des herbages, des bois, de la pierre et des rentes solides. Certes, les jeunes vont de galères en galères mais ils ont eu la sagesse de rester dans les parages. Ils bénéficient donc de l’aide des parents (hébergement, donations etc.). Sur le plan politique, lors des élections européennes, tous les seniors étaient devant la mairie dès l’ouverture du scrutin, bulletin de vote UMP en main. En bref, l’amortisseur social et politique joue à plein.

A présent, je vais vous chuchoter à l’oreille le grand secret de cette vision idyllique. Dans mon village, hélas, on ne trouve pas de « chances pour la France ». L’insécurité n’existe pas. En dehors des absences prolongées, les maisons restent ouvertes. On ne verrouille pas sa voiture en ville. N’étant pas harcelées, les postières et toutes les préposées des services publics sont charmantes. Détendus, toujours disponibles, toujours serviables, les gendarmes ne font la « grosse voix » que pour la forme. Ah ! Si vous saviez comme c’est bon de vivre entre français! A l’évidence, les habitants des grandes villes ont perdu tout cela, c'est-à-dire l’essentiel. Ils payent les mêmes prélèvements que les nôtres mais en retour ils ne reçoivent que des prestations médiocres. La sécurité n’est plus assurée. Les classes des collèges sont encombrées d’illettrés. On perd un temps fou à la poste ou à la mairie à cause des fantômes qui parlent à peine français. Les rues sont de plus en plus sales etc. Ayant vécu à Paris dans un quartier pourtant protégé (le 16eme) j’ai souvent ressenti cette détérioration. Elle résulte de l’immigration massive dans les villes. Au moins pour le moment, nos villages sont encore épargnés.

Certes, ce communisme municipal devrait se réformer. Il faut revoir d'urgence le système de santé et les retraites mais il ne faut pas se tromper de diagnostic. En réalité, réformes ou pas, c’est l’immigration qui condamne inéluctablement notre « exception française » puisqu’elle est responsable d’environ 80% du déficit structurel des finances publiques (se reporter sur ce point à : http://www.freeworldacademy.com/globalleader/IMMIG.htm). De plus, elle se diffuse partout, et les moindres villages subiront un jour les mêmes maux que la région parisienne. La solidarité, compréhensible et acceptable entre français, apparaîtra de plus en plus comme le tribut versé à des minorités violentes pour acheter la paix civile à titre précaire. Nos pimpants villages ressembleront alors à bien des « villages » de l’ouest américain: des cabanes dispersées autour d’une station d’essence déglinguée avec en prime Mad Max au coin de la rue !

C’est donc aux Français de choisir: ou bien, ils veulent conserver l’essentiel de leurs acquis et ils doivent alors inverser les flux migratoires. Ou bien, ils veulent accueillir toute la misère du monde et la ruine de l’Etat fera place à la loi de la jungle, au sens propre et figuré. Ce message se veut pédagogique à l’usage des électeurs de gauche: on peut vivre un jour de bons sentiments mais on ne peut pas vivre toute une vie sans un minimum de logique.

Gérard Pince