mardi 8 septembre 2009

La démarche de Philippe de Villiers

J’ai maintes fois répété qu'un embrasement général et durable des banlieues serait de nature à réveiller nos compatriotes et à obliger le Pouvoir à prendre des mesures d’exception. Dans une telle perspective, comment devons nous nous positionner ?

On peut évidemment imaginer un vaste mouvement citoyen mais une expérience récente m’incite à penser que nos amis sont incapables de s’organiser ou de s’unir et qu’ils ne joueront aucun rôle en cas d’évènements graves. Nous ne pouvons donc compter que sur les forces de l’ordre (armée, gendarmerie, police) qui obéissent au pouvoir politique. Or, au moins jusqu’en 2012, celui ci sera exercé par Nicolas Sarkozy. En entrant dans le comité de liaison de la majorité, Philippe de Villiers peut donc constituer un noyau dur qui pèsera sur l’exécutif en cas de d'incidents majeurs. En effet, à défaut de réactions citoyennes, il faut faire partie des cercles dirigeants pour espérer jouer un rôle utile.

Vous m’objecterez que ces dirigeants portent une large responsabilité dans les maux qui nous accablent et qu’il est donc étrange de demander à des pyromanes d’éteindre l’incendie. Cet argument ne résiste pas à l’examen. Face à l’urgence, l’homme d’action ne passe pas son temps à rechercher les causes lointaines ou à ressasser de vieilles rancunes et des fantasmes. Le stratège avisé fait abstraction de ses sentiments et se concentre sur le présent et le futur à la manière d’un joueur d’échec qui évalue la position des pièces au lieu de refaire l’historique de leurs mouvements.

Vous pouvez aussi estimer, qu’avec ou sans Philippe de Villiers, le Pouvoir reculera sans cesse. Cette possibilité n’est pas à écarter mais j’observe néanmoins que lors des émeutes de 2005, l’état d’urgence a bien fini par être décrété. J’ajoute que si le Pouvoir cédait à la violence en donnant un doigt, les émeutiers réclameraient aussitôt tout le bras. Cela signifie qu’une reculade favoriserait l’embrasement au lieu de le réduire. Pour ces raisons, le Pouvoir sera forcé de réagir et la présence d’une aile dure au sein de la majorité devrait favoriser la promptitude et la sévérité des décisions nécessaires.

Je comprends donc la démarche de Philippe de Villiers mais, avant de l’approuver, j’attends de lui des déclarations démontrant qu’il a conservé son entière liberté de penser.

Gérard Pince