samedi 28 janvier 2012

L'Euro sauvé des eaux !

En dépit de la dégradation des notes, la France, l’Italie et l’Espagne viennent de placer des emprunts pour refinancer leurs dettes publiques à des taux inférieurs à ceux qui prévalaient antérieurement. Cette situation paradoxale résulte d’un fait qui est passé presque inaperçu. La BCE qui, de par ses statuts, ne peut pas prêter aux états inonde en effet les banques de liquidités à 1 % qui permettent à ces dernières d’acheter les obligations en réalisant un profit substantiel. Une première tranche de 500 milliards d’euros a été mise en place, mais le programme porterait sur des sommes encore plus importantes. Cela signifie que la BCE fait marcher massivement la planche à billets, comme la FED américaine, suite à un accord tacite entre Sarkozy et Merkel. Les marchés financiers ont compris le signal. Ils savent désormais qu’aucun état et aucune banque de la zone euro ne feront défaut, au moins dans l’immédiat, ce qui explique la détente observée sur les bourses (À l’exception de la Grèce dont le cas reste désespéré).

La seule limite à cette politique réside dans le risque d’une inflation galopante. Toutefois, il est minoré en raison des tendances dépressives qui pèsent sur l’économie et des plans de rigueur qui sont mis en place dans les pays de la zone, à l’exception notable de la France. Par ailleurs, une légère inflation permet de réduire mécaniquement le niveau de l’endettement. Par exemple, sachant que la dette publique de la France s’élève à 80 % du PIB, une inflation de 5 % et un taux de croissance de 1 % ramèneraient en cinq ans son ratio à 60 %, en conformité avec le critère de Maastricht. Cette politique ne dispense pas de prendre des réformes rigoureuses. En France, on en est resté au stade homéopathique et avec Hollande on marche à l'envers. Je crois néanmoins que l'endettement des états se résorbera comme d'habitude par la dépréciation de la monnaie et des ajustements structurels. Dans quelques années, on n'y pensera plus. Restera l'invasion ethnique qui représente le seul péril mortel pour l'avenir de l'Europe.

Ceux qui ont prédit la mort de l’euro en s’appuyant sur des théories économiques désuètes risquent donc d’être démentis par les faits. Le souverainisme qui motive leur hostilité à la construction européenne ne saurait se confondre avec un patriotisme légitime. Je fais mien l’adage romain : ubi bene, ubi patria, là où on est bien, là est la patrie. Or je me sens bien à Londres, Berne, Madrid, Rome, Hambourg, Kiev ou Petersbourg. En revanche, je me sens très mal dans les pays du Maghreb même si leurs habitants parlent ma langue. L’Europe est donc ma patrie. Sa construction représente le seul acquis de notre génération. Elle reste certes bancale mais c’est en allant vers davantage de fédéralisme que l’on pourra l’améliorer et non en cassant tout pour revenir à un cadre hexagonal qui est depuis longtemps dépassé.

Gérard Pince