mercredi 19 mars 2008

La crise financière.

La crise bancaire s’amplifie. Un grand établissement américain vient de frôler la faillite avant d’être racheté à un prix de braderie. Déjà, au mois d’août 2007, la déconfiture d’une banque allemande n’avait été évitée qu’in extremis, et un peu plus tard le Royaume Uni s’était trouvé contraint de nationaliser une banque assaillie par ses déposants. Il est bien évident que l’affaire des subprimes (provoquée par l’insolvabilité d’un million de familles pauvres dans un pays comptant 300 millions d’habitants) ne saurait à elle seule expliquer cette crise mondiale. Comme je l’ai indiqué dans des articles précédents, on assiste à une contagion qui touche les cartes de crédit (environ 2000 milliards$) et les produits dérivés (1600 milliards$ de fonds spéculatifs) (1). En raison de l’énormité des sommes en jeu, le phénomène devient de plus en plus incontrôlable. Cela signifie que nous sommes toujours à la merci d’un scénario de type argentin, mais cette fois ci à l’échelle mondiale, avec de nombreuses banques se trouvant dans l’impossibilité de rembourser les dépôts de leurs clients.

Jusqu’à présent, l’action rapide des Banques Centrales et des Pouvoirs Publics a permis d’éviter la catastrophe. A cet égard, on croit rêver en écoutant certains libéraux dogmatiques se plaindrent de cet interventionnisme ! En revanche, il est vrai que cette injection monétaire, massive et permanente, ne peut que déboucher sur une relance de l’inflation d’autant plus que les liquidités mondiales restent abondantes du fait de la hausse des matières premières (2). Par ailleurs, la récession tant annoncée tarde à se manifester et les baisses de prix se limitent, au moins pour le moment, aux bourses et à l’immobilier américain. Ces paradoxes montrent d’ailleurs à quel point il est difficile de prédire les conséquences de cette crise. Dans l’immédiat, les autorités s’efforcent donc d’éviter le pire. La FED semble avoir abandonné son objectif de lutte contre l’inflation en promettant aux banques toutes les liquidités nécessaires. De son coté, le FMI propose d’aller encore plus loin en mobilisant des fonds public. En bref, il faut s’attendre à ce que la planche à billets fonctionne à plein régime.

Une inflation mondiale correspond donc au risque le plus probable d’autant plus qu’elle réduirait les dettes des états tout en ruinant les retraités et les épargnants. Dès à présent, l’inflation prévue en zone euro sera supérieure à 3% en 2008, annulant ainsi le rendement des placements non risqués. Jusqu’à présent, nous avions recommandé de rester le plus « liquide » possible afin de profiter des actifs bradés en cas de forte récession. Dans cette optique, certains conseillent d’acheter des actions qui ont déjà fort baissé mais il nous semble préférable d’attendre que le CAC 40 se situe sensiblement plus bas. En revanche, pour se protéger à la fois d’une éventuelle insolvabilité bancaire et de l’inflation, la pierre de qualité, en dépit de sa cherté actuelle, pourrait devenir une valeur refuge. Enfin, à défaut de boule de cristal, une sage répartition des risques représente sans doute le meilleur choix.

Gérard Pince

1- Surconsommation par abus de crédits aux USA ; surconsommation par abus d’allocations en Europe.
2-Sans même tenir compte des 1900 milliards$ générés chaque année par l’argent sale (corruption, fraude fiscale, drogues, contrefaçons, prostitution, trafic d’armes) et qui cherche pourtant à se placer en banque pour se blanchir. Se reporter sur ce point à
www.freeworldacademy.com/globalleader/corrupt.htm